Réforme de l’AMT : l’occasion de repenser la gouvernance du transport en commun

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Ajouté le 21 janvier 2012 dans Textes d'opinion

 

Texte signé par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et publié dans Le Devoir.

Le 21 janvier 2012

Réforme de l’AMT : l’occasion de repenser la gouvernance du transport en commun

 Le changement de garde à la tête de l’Agence métropolitaine de transport (AMT) et l’ouverture démontrée par le gouvernement du Québec pour en revoir en profondeur le rôle et les responsabilités représentent une occasion qui doit être saisie.

Nous avons besoin d’une agence plus performante certes, mais qui reflète également une réalité incontournable : puisque le gouvernement du Québec paie pour les infrastructures, il devrait assumer la pleine responsabilité des travaux. Et le bras agissant du gouvernement du Québec, c’est l’AMT.

Or, l’AMT est présentement une société mandataire dirigée par un conseil d’administration formé d’élus municipaux du territoire qu’elle dessert. Il s’ensuit que l’AMT, qui doit prendre des décisions cruciales pour le déploiement du transport en commun et son arrimage aux réseaux locaux, est soumise aux aléas des pressions politiques locales. Un tiraillement qui retarde certaines décisions, entrave son efficacité et, personne ne s’en surprendra, peut mener à des compromis coûteux lorsque vient le temps de construire des infrastructures majeures.

De plus, l’AMT combine actuellement le mandat de planifier les transports en commun à l’échelle métropolitaine et l’exploitation du réseau de trains de banlieue, en plus de la maîtrise d’œuvre du déploiement du Train de l’Est. Cette multiplicité de responsabilités place fréquemment l’AMT dans une situation conflictuelle avec les partenaires métropolitains du transport, et les différents mandats qui lui sont confiés nécessitent des expertises distinctes, difficilement conciliables.

Ce constat d’inefficacité n’est pas nouveau. Le rapport intitulé Une métropole à la hauteur de nos aspirations, commandé par la Chambre à un groupe d’experts coprésidé par Marcel Côté et Claude Séguin, propose de confier la responsabilité de la planification et de la réalisation des travaux d’infrastructure de transport en commun à une société d’État en bonne et due forme relevant du ministre des Transports. L’éditorialiste François Cardinal y a d’ailleurs explicitement fait référence sur son blogue le 13 janvier dernier.

Le moment est venu de passer aux actes

La présidente du Conseil du trésor du gouvernement du Québec, Mme Michelle Courchesne, a annoncé son intention de revoir la gouvernance de l’AMT. Nous l’invitons, aux côtés du ministre des Transports, M. Pierre Moreau, à procéder à trois ajustements majeurs aux mandats de l’AMT.

D’abord, il faut lui confier la planification et la mise en œuvre des projets majeurs en transport en commun. Rappelons que pour la seule période 2012-2020, les projets sur la table dans la région métropolitaine représentent près de 23 milliards de dollars. Ces projets ne doivent pas être constamment soumis aux tractations politiques locales.

Ensuite, il faut confier à la Communauté métropolitaine de Montréal les responsabilités rattachées à l’exploitation des trains de banlieue, et celles qui en découlent telles la tarification et la fréquence du service. Ce sont les élus locaux qui sont les mieux placés pour connaître les besoins en desserte de transport et la capacité de payer de leurs citoyens. À terme, et toujours dans un souci d’efficacité, nous pourrions également considérer de regrouper les 14 sociétés de transport du territoire métropolitain.

Enfin, la nouvelle AMT doit être pilotée par un conseil d’administration majoritairement composé d’experts et de gens dont la compétence sur les questions de transport urbain est reconnue. L’AMT doit certes faire une place aux élus municipaux pour demeurer le reflet de la réalité métropolitaine, mais celle-ci doit être  minoritaire.

Ce réaménagement des rôles et responsabilités est d’autant plus pertinent que la région vient de se doter pour la première fois d’un plan d’aménagement et de développement du territoire qui permettra de guider la planification du réseau de transport et de structurer l’évolution de la métropole du Québec pour les 20 prochaines années.