Place à l’art public à Montréal!

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Ajouté le 31 janvier 2013 dans Textes d'opinion

Texte signé par Dinu Bumbaru, directeur des politiques, Héritage Montréal; Michel Leblanc, président et chef de la direction, Chambre de commerce du Montréal métropolitain; Alexandre Taillefer, associé principal, XPND Capital, et publié dans Le Devoir et The Gazette.

Le 31 janvier 2013

Place à l’art public à Montréal!

On assiste présentement à une prise de conscience générale sur l’importance de l’art public dans notre cité. Il était grand temps.

Malgré des décennies d’investissement privé ou public par des citoyens, des institutions, des entreprises, la Ville de Montréal et les gouvernements, nous avons été collectivement avares pour ce qui est de mettre en valeur et de développer notre art public ainsi que de nous donner de nouvelles œuvres à la hauteur de notre stature de métropole culturelle.

C’est d’autant plus paradoxal que notre patrimoine bicentenaire d’art public témoigne d’une longue action montréalaise. Pensons au premier Symposium international de sculpture en Amérique du Nord sur la montagne en 1964, aux œuvres de Pellan ou de Moore intégrées fièrement aux projets immobiliers du centre-ville ou au foisonnement d’art public associé à Expo 67 et à la construction du métro. Nous sommes devenus une ville de créateurs, avide d’expression culturelle dans l’espace public. Pourtant, nous avons très peu d’œuvres qui, à l’exemple de Cloud Gate à Chicago, participent à l’identité et au rayonnement de la cité en interpellant citoyens et visiteurs.

L’intérêt actuel pour l’art public ouvre trois champs d’action. Le premier est l’entretien des œuvres existantes par la mise en place urgente d’un fonds et d’un financement récurrent pour soutenir les responsables et propriétaires – privés ou publics – dont les ressources sont malheureusement insuffisantes.

Le second est celui d’une réflexion sur la mise en valeur de certaines œuvres emblématiques dont le Calder d’Expo 67, le Moore de la CIBC, le Roussil près du Silo numéro 5 et Agora de Charles Daudelin.

Le troisième, et le plus structurant à long terme, est de tirer parti de l’intérêt grandissant du secteur privé à investir dans l’art public. Déjà en 2008, la Ville de Montréal avait invité les grandes entreprises à réserver jusqu’à 10 % des budgets des projets privés pour des œuvres marquantes. La conjoncture économique difficile nous a ralentis, mais il faut relancer cela.

Enrichir et faire rayonner Montréal
Au centre-ville et dans les quartiers, l’art public enrichit notre montréalité, y compris en amenant des débats comme celui entourant la mise en valeur de la Joute de Jean-Paul Riopelle, aujourd’hui sur un espace conçu avec talent pour elle. Le développement de l’art public demandera des balises pour guider les décisions. À cette fin, nous proposons les cinq principes suivants et invitons les autorités, les entreprises, les artistes et les autres forces vives du développement urbain à y adhérer.

Premièrement, l’identité : l’art public participe à l’espace public et contribue à la dimension culturelle et créative du tissu urbain en y apportant un sens nouveau. Les œuvres, leur emplacement et leur relation avec l’environnement urbain existant ou en devenir doivent contribuer à l’identité urbaine du cadre de vie.

Deuxièmement, l’accessibilité : l’art public est, par définition, public. Visuellement et physiquement, il doit être accessible pour rapprocher art et citoyens. Il est donc primordial d’en assurer et d’en améliorer l’accessibilité par l’installation, la mise en valeur et l’entretien d’une œuvre autant que par la qualité des aménagements qui la reçoivent et invitent le public à l’apprécier.

Troisièmement, l’urbanité : l’art public participe à l’espace collectif par le sens qu’il apporte. La pertinence et la qualité des interventions en art public sur le domaine public, institutionnel ou privé ainsi que leur prise en compte du contexte urbain sont nécessaires pour assurer une contribution véritable à l’urbanité.

Quatrièmement, la pérennité : l’art public doit être un projet urbain durable. Au-delà des discours, il faut de vraies ressources financières pour enrichir, entretenir et mettre ce patrimoine en valeur en respectant l’intégrité des œuvres. Il ne peut y avoir d’investissement public, privé ou communautaire en art public sans programme d’entretien doté de budget et d’expertise adéquats.

Cinquièmement, la collectivité : l’art public participe à la vie collective. Depuis des générations, il résulte de la mobilisation collective par voie de souscriptions citoyennes ou d’actes généreux de mécénat et par les programmes gouvernementaux qui, au même titre que les artistes, méritent la reconnaissance collective.

La stratégie pour développer Montréal en véritable métropole culturelle internationale préconise des investissements majeurs et récurrents en art public. Nous rappelons cet engagement collectif et encourageons les autorités publiques, les institutions, les entreprises et les mécènes à appliquer ces principes pour le réaliser.

Il faut traiter dignement et mettre en valeur notre riche patrimoine d’œuvres et d’art public et, à cet effet, mener les réflexions et consultations pour poser des gestes aussi nécessaires qu’inspirants. Plus qu’un témoin chargé d’une puissance évocatrice, ce patrimoine nous lance le défi d’incarner dans l’espace réel, avec les artistes et le génie du lieu montréalais, l’ambition de la métropole culturelle vivante.