Changer le système de santé : commencer par un changement de philosophieTexte d'opinion signé par Isabelle Hudon

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Ajouté le 13 mars 2008 dans Textes d'opinion

Texte intégral signé par Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et publié dans le Voir du 13 mars 2008. 

Changer le système de santé : commencer par un changement de philosophie

À moins que vous n'ayez été sur une autre planète au cours des dernières semaines, vous avez probablement pu constater les vives réactions qu'a suscitées le dépôt du rapport Castonguay. Dans les jours suivants, les débats ont principalement porté sur les deux aspects les plus controversés de ce rapport : la place à donner aux soins privés ainsi que le financement des services, notamment à travers une franchise ou un hausse de taxe. Du coup, d'autres aspects du rapport tout aussi fondamentaux semblent avoir été occultés, comme par exemple la façon de gérer le système en ciblant les résultats, c'est-à-dire les soins dispensés, plutôt que les entrants, à savoir les ressources mises à la disposition des institutions.

Le système de santé, tel que nous le connaissons, a largement profité aux Québécois. Ce que le rapport du groupe présidé par M. Claude Castonguay suggère par ailleurs, c'est d'en revoir le fonctionnement afin de lui donner plus de flexibilité et d'accroître sa performance. À titre de présidente et chef de la direction d'une chambre de commerce, je peux vous assurer que de telles « remises en question », il s'en fait chaque jour dans nos organisations et dans nos entreprises. C'est une occasion de constater ce qui se fait de bien ailleurs, d'adopter des pratiques novatrices pour améliorer sa productivité et finalement gagner en compétitivité.

Un bel exemple à cet égard est celui du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui a récemment adopté un virage de gestion basé sur la productivité  Pour y arriver, ils ont développé des indicateurs de performance. Vous me direz que c'est un geste normal et logique. Pourtant, il me semble que c'est le signe d'un changement important : l'ouverture à de nouvelles façons de faire afin de gérer encore plus efficacement notre système de santé.

En toute légitimité, ce processus n'a d'ailleurs d'autres desseins que d'assurer des soins de qualité, accessibles à tous et correspondant à nos moyens. Sachant que les soins de santé sont au cœur de notre qualité de vie – un atout qui fait d'ailleurs l'envie de bien des pays dans le monde – cet acquis doit demeurer.

Selon moi, ce qui doit surtout être retenu dans le rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé, et ce qui y est mis en lumière de façon indiscutable, c'est d'abord et avant tout l'urgence d'agir pour maintenir une qualité de soins à laquelle nous nous sommes habitués au cours des dernières décennies. Et cela est particulièrement important à l'aube de la réalisation de centres hospitaliers universitaires, un projet audacieux d'envergure mondiale.

Ce rapport nous offre des pistes inspirées des meilleures pratiques de par le monde. Il y a tout lieu de les explorer. Ne pas daigner le faire serait se dérober à une obligation d'équité envers ceux qui, dans un avenir proche auront à recevoir des soins de santé.  Or, il est de notre devoir de leur assurer des soins accessibles et d'une qualité équivalente à ceux qu'ont connus les générations précédentes.

Une chose est certaine : la question de la santé est un sujet complexe et technique, tout en étant aussi un enjeu profondément humain. C'est d'ailleurs pourquoi il nous interpelle autant. Maintenant que la poussière retombe lentement, il importe de l'aborder avec pragmatisme, sérénité et ouverture d'esprit. J'en profite donc pour lancer une invitation au dialogue et à l'ouverture, rappelant du même coup que le statu quo n'est plus une option. Nous sommes confrontés à la nécessité critique d'améliorer maintenant le système public, ou d'avoir plus tard à faire face à un déclin dans l'accessibilité et la qualité des soins. Ainsi, on peut commenter ou critiquer les différentes solutions proposées dans le rapport Castonguay mais, le cas échéant, il faut en retour assumer la responsabilité de le faire tout en proposant d'autres pistes d'actions.

Voilà qui n'est pas chose facile – et c'est pourquoi l'ouvrage de M. Castonguay mérite davantage sa place sur la table de chevet que sur une tablette.