Célébrons la commandite culturelleTexte signé par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain

Partager sur :
Imprimer

Ajouté le 8 mai 2009 dans Textes d'opinion

Texte intégral signé par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et publié dans Le Devoir.

Le 8 mai 2009

Célébrons la commandite culturelle

La sortie en règle de madame Marie-Andrée Chouinard contre le nom donné à la nouvelle Maison du Festival Rio Tinto Alcan témoigne d'un mépris surprenant pour tous ceux qui, aux côtés de la Chambre, se sont investis dans la tenue du Rendez-vous 2007 – Montréal, métropole culturelle.

Un objectif fondamental de ce Rendez-vous était de générer une plus grande mobilisation en faveur de la culture et, très explicitement, d'encourager un soutien financier accru de la part du secteur privé. Sans surprise, des entreprises comme Rio Tinto Alcan et Astral ont été parmi les premiers leaders du milieu des affaires à se commettre et à s'impliquer. En s'engageant à hauteur de 6 millions $ dans la réalisation de la Maison du Festival Rio Tinto Alcan, force est de reconnaître que l'aluminerie est brillamment passée de la parole aux actes.

Je ne me prononcerai pas, comme semble le faire Mme Chouinard, sur la valeur évocatrice du nom d'une compagnie lorsque vient le temps de nommer une institution, qu'elle soit culturelle ou non. Toutefois, je ne partage aucunement l'impression qui se dégage de son texte que la présence d'un commanditaire a un effet semblable à celui d'un trou noir sur la beauté et qu'il enlève d'emblée au lieu tout potentiel d'émouvoir et de charmer. Et encore moins sur le fait que l'utilisation d'un tel nom empêche le citoyen d'établir un lien avec la mission du lieu.

À cet égard, l'exemple du Centre Bell devrait la rassurer. Personne ne peut ignorer en passant devant qu'il s'agit du domicile de notre équipe de hockey. Cette concession à des impératifs d'affaires n'a nullement empêché les Canadiens de rendre un hommage plus que vibrant aux Glorieux du passé à l'intérieur de ses murs. Les statues devant l'édifice immortalisent d'ailleurs la mémoire des grands de l'équipe.

Loin de lui reprocher une soi-disant soif de visibilité, ce sont des félicitations qu'il faut adresser à Rio Tinto Alcan. En matière de mécénat, le constat est que le Québec fait encore du rattrapage par rapport à ce qui se fait ailleurs. Historiquement, nous avons eu un peu moins de richesse privée à redonner que nos voisins anglophones – pensons aux Carnegie, Smithsonian ou encore, plus près d'ici, à un certain James McGill – et nous en sommes à développer une culture du don corporatif.

Dans ce contexte, on peut sincèrement se demander si « la pudeur et la sobriété du cercle des richissimes » en matière de mécénat que souhaite Mme Chouinard sert réellement la cause des arts dans la collectivité. Car ce dont nous avons probablement le plus besoin, c'est de leaders, entreprises et citoyens qui donnent l'exemple.

Il y a, dans la « Maison du Festival Rio Tinto Alcan », une entreprise qui dit fièrement aux autres : « Regardez, voici ce j'ai fait pour ma communauté ». Peut-être est-ce parce que la compétition est au cœur de nos activités quotidiennes, mais j'y vois là un joyeux défi lancé aux autres entreprises de Montréal : « Et vous, qu'allez-vous faire pour rendre encore plus vibrante votre métropole culturelle ? ».

Ainsi, de ce point de vue, la Maison du Festival Rio Tinto Alcan véhicule à mes yeux quelque chose de beau.