Communiqué : Gestion des eaux municipales au Québec : les normes les plus basses du continent, des réseaux en mauvais état et des rejets polluants dans les cours d'eau

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Ajouté le 26 avril 2000 dans Communiqués de presse

Gestion des eaux municipales au Québec : les normes les plus basses du continent, des réseaux en mauvais état et des rejets polluants dans les cours d'eau - une situation alarmante, selon plusieurs observateurs et experts

M. Pierre Laferrière, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
M. Pierre Payment, chercheur à l'INRS-Institut Armand-Frappier
M. Hubert Demard, porte-parole du Réseau Environnement
M. André Porlier, porte-parole du Conseil régional de l'environnement de Montréal

Montréal, le 26 avril 2000 –«La gestion des eaux municipales au Québec présente de graves déficiences et elle crée des risques pour la santé de la population. C'est ce qu'ont affirmé aujourd'hui, en conférence de presse, MM Pierre Laferrière, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Pierre Payment, chercheur à l'INRS-Institut Armand-Frappier, Hubert Demard, porte-parole du Réseau Environnement, et André Porlier, porte-parole du Conseil régional de l'environnement de Montréal.

«Les normes québécoises en matière de qualité de l'eau de consommation fournie par les municipalités sont inférieures à celles qui sont en vigueur aux États-Unis et dans les autres provinces canadiennes, affirme le Dr Pierre Payment, microbiologiste et spécialiste de l'analyse des eaux. À titre d'exemple, le Québec autorise la présence dans l'eau de cinq (5) unités de turbidité néphélométrique, alors que la norme recommandée au Canada n'est que d'une unité UTN. Aux États-Unis, on n'accepte que 0,5 unités UTN (et 0,3 à compter de 2001) et ce, sur des prélèvements journaliers. Au Québec, la norme est de deux prélèvements par année ! Pourquoi les Québécois doivent-ils se contenter de normes beaucoup moins rigoureuses que les autres Canadiens ou que les citoyens des États-Unis quant à la qualité de l'eau potable ?

«La turbidité est une mesure de particules extrêmement fines, invisibles à l'oeil nu. Parmi ces particules, on retrouve des bactéries, des virus, des parasites, lesquels sont parfois cachés à l'intérieur de particules plus grosses. Il est alors très difficile de détruire ces microorganismes pathogènes car ils y sont protégés de la désinfection, poursuit le Docteur Payment. De plus, ajoute-t-il, certains parasites retrouvés dans les eaux de rivières suite à des déversement d'eaux d'égouts sont tellement résistants à la désinfection que le meilleur moyen de les éliminer est de les enlever par une très bonne filtration. Une telle filtration devrait permettre d'atteindre facilement la norme de 0,3 NTU proposée par les États-Unis et ainsi protéger la santé publique en éliminant ces microbes.

«Au Québec, la norme quant au mesurage de la turbidité n'est que de deux mesures par année, à un intervalle de 4 à 8 mois dans les réseaux d'eau de consommation des villes. Aux États-Unis, la norme est maintenant d'une mesure aux quatre heures. En fait, sauf pour les réseaux des grandes villes, au Québec, on ne sait carrément pas quelle est réellement la qualité de l'eau, sur une base régulière, et, selon les normes actuelles, cette qualité peut se détériorer gravement durant plusieurs mois sans que l'on n'en prenne conscience, autrement que par l'apparition de problèmes de santé publique. L'évaluation de la qualité des eaux est-elle suffisamment rigoureuse au Québec ?»

M. Hubert Demard, quant à lui, mentionne que la maintenance des réseaux d'aqueduc est fortement déficiente dans l'ensemble du Québec. «Le Québec compte pas moins de 25 000 km de réseaux de distribution d'eau et autant de réseaux d'égout. La dégradation de ces réseaux est maintenant un phénomène connu de tous. La solution l'est aussi. Il faut entretenir et rénover les réseaux. Depuis 10 ans, l'ensemble de l'Amérique du Nord a adopté des programmes de rénovation des réseaux touchant annuellement de 0,5 % à 1 % du linéaire total. Au Québec, quelques villes seulement atteignent le taux de renouvellement de 0,5 % par an ou le dépassent. Ainsi, nous laissons à nos enfants un réseau en mauvais état où la perte d'eau traitée est élevée. À Montréal par exemple, selon les données même de la Ville, les pertes sont de 40 % de l'eau ou plus.

«L'ensemble de ces facteurs fait en sorte que nous avons une production d'eau potable excessive (de 40 % supérieure à celle de l'Ontario, per capita) et des volumes excessifs d'eau usée traités (60 % supérieurs à ceux de l'Ontario). Ce qui entraîne des conséquences d'ordre environnemental, mais aussi des pertes économiques substantielles. Il faut implanter des programmes d'envergure à long terme.»

«Le Conseil régional de l'environnement de Montréal, de son côté, déplore le manque d'efficacité des réseaux municipaux en matière de traitement des effluents. Par exemple, affirme M. André Porlier, porte-parole du CRE-Montréal, Montréal s'est dotée, au coût de 1,4 milliard de dollars, de la station d'épuration de Rivière des Prairies, mais, malheureusement, les infrastructures actuelles de traitement des eaux usées de la CUM de même que celles de la majorité des stations d'épuration du Québec ne sont pas en mesure de traiter les effluents toxiques déversés par certaines industries dans les égouts municipaux. La station de la CUM, à elle seule, reçoit chaque année plus de 800 tonnes de matières toxiques dont la moitié est rejetée au fleuve. Une solution doit être apportée à ce problème.

Dans le même ordre d'idées, M. Porlier souligne que le problème des surverses vient encore contrer les efforts déployés par la CUM pour réduire les impacts de ses eaux usées sur le fleuve et la santé humaine. "À Montréal, et dans la majorité des municipalités de la CUM, les zones asphaltées et bâties empêchent la percolation naturelle des eaux de pluie dans le sol. Par conséquent, lors d'orages ou de pluies abondantes, les surplus d'eaux usées qui ne peuvent être acheminés à l'usine d'épuration sont rejetés au fleuve. Le phénomène s'est produit à 18 reprises en 1997, les intercepteurs du réseau ayant alors rejeté plus de 22 millions de mètres cubes d'eaux non-traitées dans le Saint-Laurent et la Rivière des Prairies.

«La rénovation du réseau de collecte, tout comme une priorisation de l'amélioration des sites de surverse, sont des mesures propres à réduire les effets nocifs des surverses. De plus, la Ville de Montréal et les municipalités de la CUM auraient avantage, selon le cas, à augmenter les surfaces d'absorption d'eaux de pluie, à réduire les surfaces asphaltées ou à construire des bassins de rétention d'eau de façon à diminuer la fréquence, la quantité et les effets nocifs des surverses», conclut M. Porlier.

«Mais le plus grave, conclut le Dr Payment, c'est que le retard qui a été pris au Québec dans la désinfection des eaux usées municipales expose la population à des risques importants. Faudra-t-il attendre une crise de santé publique majeure pour que les normes soient finalement resserrées et qu'un meilleur traitement des eaux d'égout soit fait ?»

«Nous croyons qu'un sérieux coup de barre s'impose au Québec, concluent le représentant de l'organisme d'affaires, les environnementalistes et le spécialiste de la qualité de l'eau. Il faut resserrer les normes et nous hisser au moins au niveau de la moyenne canadienne, en matière de qualité et de mesure de la qualité. Il faut mettre en place des usines de traitement et des réseaux d'aqueduc plus performants afin de cesser de gaspiller la ressource, et, finalement, il faut responsabiliser les municipalités pour les amener à éliminer tout rejet polluant dans les cours d'eau.

«Et il faut nous donner les moyens de mesurer et de contrôler notre performance, car on ne gère bien que ce que l'on connaît bien. Or, nous connaissons très mal nos systèmes de gestion des eaux municipales.»

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain compte au-delà de 7 000 membres. Sa mission première est de représenter les intérêts de la communauté d'affaires du Grand Montréal. Ses objectifs : être en tout temps pertinente pour ses membres, crédible auprès du public et influente auprès des gouvernements et des décideurs.