Discours - conférencier : M. Frank Zampino, président du comité exécutif, Ville de Montréal À la croisée des chemins : quel avenir pour Montréal

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Ajouté le 12 décembre 2003 dans Discours


Allocution de M. Frank Zampino
Président du Comité exécutif de la Ville de Montréal
Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Le vendredi 12 décembre 2003


Monsieur le Maire,
Monsieur le Président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain,
Distingués invités de la table d'honneur,
Chers collègues élus,
Membres de la Chambre,
Mesdames et messieurs,


Permettez-moi d'abord de remercier la Chambre de son invitation à partager de nouveau cette importante tribune. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que j'ai accepté cette invitation de m'entretenir ce midi avec les membres de la Chambre et ses invités.

Je voudrais aussi remercier M. Benoît Labonté pour son aimable présentation, ainsi que M. Patrick Kenniff, avec lequel j'ai eu le plaisir de collaborer il y a quelques années, dans le cadre des travaux du comité de transition de la nouvelle ville de Montréal.

Comme vous le savez, nous avons déposé récemment le budget 2004 de la Ville de Montréal, un exercice qui a exigé de notre administration qu'elle fasse preuve de toute l'ingéniosité nécessaire pour trouver l'équilibre essentiel entre les attentes multiples et les véritables possibilités qui s'offrent à nous.

À ce titre, je veux saluer le travail acharné de notre directeur général, M. Robert Abdallah, qui a su trouver des opportunités là où plusieurs auraient plutôt vu des difficultés insurmontables.

Je prendrai quelques minutes ce midi pour rappeler les faits saillants de ce budget. Je me permettrai cependant d'aborder deux autres questions fondamentales, indissociables de la question budgétaire.

Il s'agit d'abord de la diversification des sources de revenus, un sujet toujours d'actualité et dont l'urgence se fait sentir chaque année avec toujours plus d'acuité. Je vais également profiter de cette tribune pour aborder la question des défusions puisque, tout au long de ce débat sur les structures municipales, il faudra conserver une vision claire des conséquences budgétaires, fiscales et économiques des choix qui seront faits. Rappelons-nous que, quoi qu'il advienne à la fin de ce débat, les besoins vitaux de la métropole demeureront les mêmes et ils demeureront communs à l'île de Montréal.

Mais avant tout, permettez-moi de vous présenter en quelques mots notre budget pour l'année 2004.

BUDGET 2004


Plus que jamais, l'administration de Montréal s'est donné un budget inspiré par une vision à long terme. Cet exercice budgétaire est marqué à la fois par notre détermination à régler les problèmes du passé et aussi par notre engagement, envers les générations futures, de mettre fin au pelletage par en avant.

Nous croyons qu'il s'agit là des conditions nécessaires à la réussite de la Ville de Montréal, et que notre budget 2004 traduit notre engagement profond en ce sens.

Je peux affirmer aujourd'hui sans gêne que nous avons su nous élever au-dessus des considérations partisanes et au-dessus du débat politique. Tout en ayant son lot de bonnes nouvelles, ce n'est pas un budget qui veut plaire, c'est un budget qui veut corriger les erreurs du passé, tout en préservant nos acquis.

Dans l'élaboration du budget, notre administration a dû composer avec l'entrée en vigueur du nouveau rôle triennal d'évaluation foncière. Tous secteurs confondus, l'évaluation foncière a connu une augmentation moyenne appréciable de 22 % ce qui témoigne, à mon avis, de la vitalité économique et de la qualité de vie à Montréal.

Cependant, je tiens à préciser que l'application du nouveau rôle d'évaluation ne génère pas automatiquement de revenus supplémentaires pour la Ville de Montréal, puisque nous avons revu à la baisse les taux de taxation.

Oui, notre assiette fiscale s'est élargie. Oui, la richesse foncière s'est accrue. Mais non, la Ville n'est pas plus riche en termes de revenus fiscaux.

Sur le plan de la taxation, près de 60 % des contribuables du secteur résidentiel et plus de 51 % des contribuables du secteur non résidentiel vont bénéficier d'une baisse de taxe ou vont connaître une hausse inférieure à 2,5 % de leur compte de taxe en 2004.

Nous avons également reconduit deux programmes de subvention mis en place en 2003, qui visaient à faciliter la transition vers le nouveau régime fiscal à la suite de l'abolition de la taxe d'affaires et de son intégration à la taxe foncière non résidentielle dans 10 anciennes villes.

Une modification à la Charte de la Ville de Montréal a aussi été demandée au gouvernement du Québec afin de pouvoir mettre en place un programme de subvention particulier s'adressant à certains propriétaires d'immeubles non résidentiels de 5 millions $ et plus. Nous continuons d'ailleurs de faire toutes les représentations nécessaires pour que Québec accède à notre demande.

Je tiens à souligner que ces programmes répondent à l'appel lancé notamment par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain afin que la Ville continue de soutenir les contribuables touchés par le changement de régime fiscal. Je peux vous affirmer que le président de la Chambre, M. Labonté, s'est fait d'ailleurs très insistant à cet égard, mais je ne lui en tiens pas rigueur et je me dis que sa détermination figure au nombre de ses qualités.

D'un point de vue plus global, notre administration a présenté un budget équilibré de 3,87 milliards $, ce qui représente une variation de 188 millions $ par rapport aux prévisions budgétaires de 2003. La majeure partie de cette variation provient de dépenses s'élevant à 101 millions $, qui sont en fait des investissements que nous réalisons dès maintenant afin de mettre un terme au lourd héritage qui grève un peu plus chaque année notre marge de manœuvre financière.

Une part de cet héritage provient de ce problème chronique de l'ancienne Ville de Montréal, qui s'ajoute aux déficits de solvabilité que connaissent aussi une douzaine d'anciennes villes. Au total, les contributions additionnelles aux déficits actuariels et la reprise des cotisations à des régimes de retraite comptent à elles seules pour 62 millions $, soit un tiers de la variation totale du budget 2004.

L'injection de cette somme importante n'a aucun lien avec les négociations actuelles; elle vise seulement à régler les problèmes hérités du passé. Le refinancement notre dette actuarielle, à partir d'un nouveau montage financier, permettra de générer des économies de l'ordre de 1,1 milliard $ au cours des 40 prochaines années pour les contribuables de l'ex-Ville de Montréal.

Nous avons également pris la décision courageuse de créer un Fonds de l'eau, auquel nous consacrerons 25 millions $ en 2004 et auquel nous ajouterons 20 millions $ annuellement jusqu'en 2013. Ces investissements tant attendus permettront de mettre en place et de coordonner un programme à long terme de réhabilitation des infrastructures de l'eau sur l'ensemble de l'île.

Je qualifie cette décision de courageuse parce qu'il y a longtemps que le problème était connu; ce n'est pourtant qu'à l'arrivée de l'administration du maire Gérald Tremblay que des études indépendantes ont été réalisées et que des actions ont été entreprises.

Une autre obligation urgente, vous la connaissez, est celle du transport en commun. Ce sont plus de 14 millions $ supplémentaires que nous ajoutons en 2004 afin de réduire le fardeau des usagers, ce qui porte notre contribution à la Société de transport de Montréal à 263 millions $.

Si je résume, l'injection de nouveaux fonds pour le déficit actuariel, la reprise des cotisations aux régimes de retraite, la création du Fonds de l'eau et la contribution supplémentaire au transport en commun représentent des dépenses de 101 millions $, soit plus de la moitié de la croissance budgétaire observée en 2004. N'eut été de ces dépenses exceptionnelles, le taux de croissance du budget 2004 se serait situé à un peu plus de 2 %, soit un taux similaire à celui de l'inflation.

Cela m'amène à ouvrir une parenthèse sur la situation financière des grandes villes canadiennes.

Que ce soit à Calgary, à Toronto, à Vancouver, à Edmonton, on retrouve partout un taux de croissance budgétaire avoisinant ou dépassant même les 5 %. Vous conviendrez que, manifestement, il ne s'agit plus d'un phénomène isolé, il ne s'agit plus de la situation particulière de Montréal ou de toute autre ville, il s'agit d'un véritable malaise fiscal qui affecte toutes les grandes villes.

Toutes les grandes villes sont aux prises avec des problèmes semblables, à différents niveaux d'intensité. Elles doivent toutes supporter des infrastructures onéreuses afin de soutenir l'activité économique sur un territoire qui dépasse largement leurs frontières municipales. Elles doivent affronter des problèmes sociaux qui leur sont propres; elles sont aussi plus sensibles aux fluctuations des économies nationale et internationale.

La problématique des caisses de retraite, par exemple, ne relève pas d'une bonne ou d'une mauvaise gestion; elle relève plutôt des effets du marché boursier qui réduisent considérablement les surplus, ce phénomène qui frappe aussi bien le secteur privé que le secteur public.

La question du déficit actuariel, la question du transport en commun, le désengagement des gouvernements provinciaux, le transfert de responsabilités vers les municipalités sont autant de facteurs qui pèsent sur les finances des grandes villes.

Pourtant, au cours de la dernière décennie, ce sont les revenus municipaux qui ont connu la plus faible augmentation si on les compare aux revenus des gouvernements supérieurs. De 1995 à 2001, alors que la croissance économique canadienne était de 31 %, les revenus du gouvernement fédéral ont augmenté de 38 % et ceux des provinces de 30 %. Pendant ce temps, la croissance des revenus municipaux n'était que de 14 %, une situation d'autant plus paradoxale que les villes assument des responsabilités toujours plus grandes en matières d'environnement, de transport, de sécurité, de logement social, etc.

N'ayons pas peur des mots : le vrai déséquilibre fiscal est au municipal. Les limites de l'impôt foncier ne permettent plus aux villes d'assumer les responsabilités qui leur incombent; l'impôt foncier est un instrument désuet et peu performant face aux attentes des citoyennes et des citoyens. Si cela est vrai pour toutes les villes, on peut facilement imaginer que c'est encore pire pour la métropole du Québec.

Toutes les études réalisées sur le sujet, de l'OCDE au Conference Board, en passant par les études des banques et les recherches universitaires, toutes confirment le retard du Canada et du Québec comparativement aux pouvoirs dont disposent les villes américaines ou européennes.

L'impôt foncier est devenu un carcan. Alors qu'il représentait plus des trois quarts des revenus municipaux des grandes villes au cours des dix dernières années, l'impôt foncier a connu une croissance dix fois inférieure à la croissance économique.

On a balayé le problème sous le tapis, on a pelleté par en avant, mais aujourd'hui la réalité nous rattrape. Que se passe-t-il lorsque les investissements nécessaires sont si urgents qu'ils ne peuvent plus attendre ? Que se passe-t-il lorsque ces investissements sont si importants que les villes ne sont plus en mesure de les réaliser ?

Il se passe ce qui arrive actuellement : les villes ne peuvent plus retarder les échéances et doivent investir massivement. Le fardeau de ces investissements oblige les villes à une croissance budgétaire dont le taux ne peut que dépasser celui de l'inflation.

J'ai nommé des villes canadiennes tout à l'heure, mais je pourrais aussi parler de villes québécoises. La Ville de Longueuil, par exemple, a connu une croissance budgétaire de 11 % depuis 2 ans. Autre exemple, la Ville de Québec, a connu une croissance budgétaire de près de 8 % au cours des deux dernières années.

Certains argumenteront qu'il s'agit de villes récemment fusionnées, ce qui expliquerait l'augmentation des dépenses. Comment expliquer alors que la Ville de Laval ait connu une croissance budgétaire de près de 16,7 % au cours des 3 derniers exercices financiers ?

Est-ce à cause de la fusion des municipalités de l'île Jésus à la fin des années '60 ?

Je crois plutôt que Laval doit faire face aux mêmes problèmes structurels que l'ensemble des municipalités.

D'ailleurs, si on compare la croissance budgétaire de Montréal depuis sa création à celle de Laval pour la même période, on constate que Montréal se situe à 9,2 %, alors que Laval atteint 16,7 %.

Même si nous affichons une meilleure performance, il n'en reste pas moins que nous devons faire face aux mêmes problèmes, qui sont d'origine structurelle. En d'autres mots, la pression à la hausse sur les dépenses ne provient pas des fusions; elle est le résultat direct du régime fiscal auquel sont contraintes les municipalités.

Le problème est connu depuis longtemps, mais les seules solutions qui ont été avancées jusqu'à maintenant sont nettement insuffisantes. Souvenons-nous, par exemple, du « contrat de ville » que nous avons conclu avec le gouvernement du Québec. En vertu de ce contrat, la Ville de Montréal s'est engagée à réaliser des économies de 35 millions de dollars annuellement pendant cinq ans, et je suis fier de confirmer que nous avons rempli notre part du contrat. Nous attendons maintenant que le gouvernement du Québec respecte lui aussi sa part du contrat.

Le manque à gagner pour 2004 est de 35 millions $ sur les 55 millions $ initialement prévus, ce qui représente 1 % du budget de la Ville. On peut se poser la question : qu'adviendra-t-il des phases ultérieures de ce contrat de ville, qui devaient mener Montréal vers une plus grande autonomie financière ?

En fait, la véritable question n'est pas de se demander quand le gouvernement du Québec respectera-t-il sa part du contrat de ville; la véritable question, et j'ose la poser, est la suivante : comment se fait-il que la métropole du Québec, sa locomotive économique, doive encore se prosterner devant les différents gouvernements afin de pouvoir assumer ses responsabilités ?

Comment se fait-il que les dépenses des villes augmentent 3 fois plus vite que leurs revenus ?

Comment se fait-il que les villes, des acteurs si importants du développement économique, n'ont accès à aucune source de financement stable, aucune source de financement qui corresponde à la croissance économique ?

Comment se fait-il que le développement de la Ville de Montréal soit à la merci des décisions prises par des gens qui, dans leurs bureaux sur la Grande-Allée, ne peuvent pas connaître notre réalité et nos aspirations ?

Comment se fait-il qu'une ville, qui compte à elle seule pour le tiers de l'économie québécoise, en soit rendue à quêter chaque année pour obtenir les ressources nécessaires à son développement ?

La réponse est simple : le développement de la métropole passe par la mise en place de nouvelles sources de revenu.

DIVERSIFICATION DES SOURCES DE REVENU


Il devient de plus en plus évident que le financement par l'impôt foncier a atteint son plafonnement et que le contribuable montréalais est en voie d'atteindre la limite de sa capacité de payer. Alors que les besoins augmentent sans cesse – et je parle des besoins de base comme l'eau potable et le transport en commun – les revenus de Montréal sont en stagnation.

Je le répète : l'augmentation du rôle d'évaluation ne génère aucun nouveau revenu, il nous oblige simplement à revoir le taux de taxation.

Les villes doivent avoir accès à un financement fiable et prévisible afin de pouvoir réaliser des investissements à long terme, un financement qui augmente directement au rythme de la croissance économique. À ce titre, je veux souligner l'appui constant dont nous bénéficions de la part de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en faveur d'un financement stable pour la métropole.

Pour le moment, nous devons constater que les efforts municipaux profitent surtout, en bout de ligne, aux gouvernements du Québec et du Canada, dont les surplus proviennent en bonne partie des bénéfices générés par la croissance économique des grands centres urbains.

Cette situation de déséquilibre fiscal doit cesser.

Il est urgent que les retombées économiques cessent de profiter essentiellement aux deux gouvernements alors que nos sources de revenu arrivent à saturation.

Il est urgent que Montréal obtienne la marge de manœuvre financière qui lui permette d'intervenir efficacement pour accélérer son développement économique et social.

Bref, il est urgent que Montréal puisse diversifier ses sources de revenus afin de pouvoir répondre efficacement aux défis de la croissance urbaine moderne.

Et ce n'est pas parce que ça fait des années que le problème est soulevé qu'il n'y a pas de solution.

Je prends pour exemple le gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral remet à la Ville de Montréal, sous forme de remboursement de taxe, 57 % de la TPS qu'elle paie pour l'acquisition de biens et de services. Nous réalisons ainsi une économie annuelle de près de 40 millions $ et je ne peux qu'encourager le gouvernement fédéral à continuer en ce sens.

Heureuse coïncidence, d'ailleurs, au moment où je vous parle, M. Paul Martin est assermenté premier ministre du Canada. M. Martin a témoigné à plusieurs reprises d'une grande ouverture face aux défis des villes canadiennes, et en particulier face à leurs défis financiers.

Si cette préoccupation est sincère, et je le crois, il pourrait envisager dès maintenant d'exonérer complètement les grandes villes canadiennes de la TPS, ce qui représenterait une économie annuelle de 70 millions $ pour la Ville de Montréal.

Voilà une mesure qui ne demande pas d'entente spéciale avec le gouvernement du Québec et qui, surtout, peut se concrétiser sans augmenter le fardeau fiscal des contribuables.

D'autres voies pourraient être considérées par le gouvernement fédéral. Il pourrait retourner aux Montréalaises et aux Montréalais une partie de la surtaxe sur l'essence de 1,5 ¢ le litre instaurée au début des années 90 pour résorber le déficit fédéral. À Ottawa on avait l'air de dire, récemment, que la question était pas mal réglée.

D'autre part, le gouvernement fédéral pourrait aussi envisager de remettre à Montréal 1 % de la TPS perçue sur son territoire, ce qui représenterait près de 215 millions $ en revenus supplémentaires chaque année.

Voilà autant d'idées que nous pourrions développer, mais je veux prendre quelques minutes pour explorer ce que peut faire aussi le gouvernement du Québec.

Comme on le sait, le gouvernement du Québec est toujours prompt à l'harmonisation, en particulier lorsque l'harmonisation rapporte. Nous l'avons vu la semaine dernière, quand le gouvernement du Québec a harmonisé sa taxe sur les cigarettes avec celle de l'Ontario. Nous l'avons vu aussi lorsque Québec s'est harmonisé à la TPS fédérale en créant la TVQ.

Ma suggestion est simple : Québec pourrait s'harmoniser avec Ottawa et remettre à la Ville 57 % de la TVQ qu'elle paie sur les biens et les services. Cela représenterait une économie annuelle de plus de 45 millions $, qui pourrait atteindre 80 millions $ s'il remboursait complètement la TVQ payée par la Ville.

Par ailleurs, Québec dispose d'une série d'outils qui pourraient contribuer à un financement stable de la métropole : taxes sur l'essence, droits d'immatriculation, etc. D'autre part, si Québec choisissait de partager 1 % des recettes de la TVQ perçue sur notre territoire, cette seule entrée de fonds représenterait 245 millions $ annuellement, sans augmenter le fardeau fiscal des contribuables.

J'énonce toutes ces idées et je vois des regards interrogateurs dans la salle. Vous savez comme moi que Montréal, comme toutes les municipalités, subit la guerre de drapeaux qui fait rage inlassablement entre Québec et Ottawa.

Je ne veux pas rouvrir l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, mais pendant que chacun réclame la responsabilité de venir en aide aux villes, il n'y a personne qui le fait concrètement.

Et je ne remets pas en question le fait que les villes sont les créatures des provinces, comme on le répète si souvent.

Cependant, cette situation évoque en moi l'image du souper de famille, où tout le monde est à table, mais où on attend que le père arrive avant de manger. Lorsqu'on s'aperçoit que le père n'arrive pas, nous les villes, on a envie d'appeler l'oncle Paul...

Cette situation est un peu ridicule. Et oui, le ridicule peut tuer : il tue la capacité de la métropole d'investir dans son avenir, d'améliorer ses infrastructures et d'offrir de meilleurs services.

Nous les villes, les créatures de Québec, nous ne sommes pas toujours traitées comme l'enfant prodigue. L'enfant prodigue est accueilli par son père qui lui dit : « Tout ce qui est à moi est à toi ». Les créatures, nous, on ne doit rien accepter du gouvernement fédéral, sinon Québec va nous accueillir à sa façon : « Tout ce qui est à moi est à moi, et tout ce qui est à toi est à moi ». Qu'on se le tienne pour dit : accepter l'aide fédérale, pour une ville, c'est se placer en état de péché mortel, même si l'ouverture fédérale est plus grande que jamais à l'égard des municipalités canadiennes.

Au-delà des chicanes fédéral-provincial, quand on parle de nouvelles sources de financement pour la métropole, il faut aussi s'intéresser aux iniquités qui surviennent à notre échelle, dans la région de Montréal. Le métro de Montréal en est un bon exemple : il est temps de se demander pourquoi les Montréalaises et les Montréalais assurent la quasi-totalité de son financement, alors que près d'un quart des usagers proviennent de l'extérieur de Montréal.

Personne ne va nier le rôle économique central de la Société de transport de Montréal, qui déplace 1,3 million de personnes chaque jour, soit plus de 85 % des déplacements en transport en commun dans la région de Montréal.

Tout cela sans parler des festivals d'été, du parc du Mont-Royal, des différents parcs régionaux et bien d'autres exemples dont la Ville de Montréal assume seule les frais.

Comme on dit souvent, c'est certain qu'on ne règlera pas ça ce midi, mais il faudra bien qu'un bon midi on se décide à le régler. Même si le père de famille est pas encore arrivé.

Une seule chose est sûre : face aux défis que doit relever la Ville de Montréal, la diversification de ses sources de revenus n'est plus seulement une priorité, elle est une urgence à laquelle il faut répondre dans les meilleurs délais.

DÉFUSIONS


J'ai beaucoup parlé de finances ce midi, mais les grands défis de la métropole, au cours des prochains mois, ne sont pas que financiers.

Avant de terminer, je voudrais donc prendre quelques minutes pour aborder avec vous la question des défusions. Plus précisément, je voudrais en profiter pour défaire certains mythes à ce sujet.

Un premier retient tout de suite mon attention : le budget. Je vous l'ai dit; notre administration a fait le choix d'un budget responsable, qui s'élève bien au-dessus des considérations politiques ou stratégiques. Cette année, un budget responsable devait cesser de pelleter en avant et, conséquemment, comporter une certaine hausse des dépenses.

Il n'en fallait pas plus pour que certains leaders défusionnistes affirment que cette croissance était le fait des fusions. Ce raisonnement est trop facile et ne résiste pas à l'analyse des faits.

Je pense avoir démontré suffisamment tout à l'heure que la croissance budgétaire des villes est un phénomène québécois et canadien, qui n'a rien à voir avec les fusions. Un bel exemple : comparons Montréal, fusionnée depuis 2 ans, avec Laval, une ville fusionnée depuis 35 ans.

Croissance des dépenses à Montréal depuis sa création : 9,2 % sur 3 ans.

Croissance des dépenses à Laval pour la même période : 16,7 %.

Selon le raisonnement défusionniste, la croissance budgétaire de Montréal aurait dû être supérieure à celle de Laval, mais on observe plutôt le contraire. On voit bien que ça ne tient pas la route.

Un autre mythe est entretenu par les défusionnistes : celui du retour pur et simple à leur ancienne ville.

Soyons clairs : les villes reconstituées n'auront pas un plus grand contrôle sur leur budget que les arrondissements ne l'ont maintenant. Au contraire : les défusions constituent même un recul à ce titre. En ce moment, chaque arrondissement gère environ 30 % des taxes qui sont prélevées afin d'offrir des services de proximité. Ils exercent en contrepartie une influence et un pouvoir décisionnel sur la gestion de l'autre 70 %, en participant aux activités du conseil municipal et des commissions. Les défusions vont mettre fin à ce pouvoir d'influence.

Que restera-t-il aux défusionnistes dans leur ville reconstituée, lorsque le réseau artériel, les aéroports, les parcs industriels et tous les outils de développement économique seront gérés par un conseil d'agglomération où ils n'auront aucune influence ?

Il ne leur restera que la gestion quotidienne des services de proximité : l'enlèvement de la neige, l'entretien des parcs, les heures d'ouverture de la piscine et la collecte des ordures, sans compter la gestion des licences de chiens.

Tout ça pour retrouver un statut juridique qui n'améliorera d'aucune façon les services offerts à la population. Tout ça pour un statut juridique qui leur confère moins de pouvoir que les arrondissements en ont maintenant au sein de la Ville de Montréal.

Les villes reconstituées vont gérer seulement 30 % de leur budget. Pas besoin d'être comptable pour s'apercevoir que le fait d'exercer 100 % des décisions sur 30 % d'un budget, ça fait toujours 30 %.

Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, a résumé la question, je crois, d'assez belle manière et je le cite : « Le choix est le suivant : un arrondissement fort avec une grande capacité d'influence sur les décisions ou une ville défusionnée faible avec un pouvoir d'influence très minime ».

Certains leaders défusionnistes laissent croire que ce n'est qu'un premier pas, qu'ils iront chercher de nouveaux pouvoirs jusqu'au grand soir où ils pourront enfin vivre en vase clos, isolés de leurs voisins. Pourtant, la richesse de la mosaïque montréalaise a été maintes fois célébrée, et on la vit quotidiennement dans tous les arrondissements de Montréal. Cette réalité, on ne peut la rejeter du revers de la main; les leaders défusionnistes doivent placer leur espoir dans la collaboration plutôt que dans l'affrontement.

Et ils ont la responsabilité d'être clairs sur les conséquences des défusions.

Est-ce que les leaders défusionnistes informent leurs concitoyens qu'ils recevront deux comptes de taxes plutôt qu'un.

Est-ce que les leaders défusionnistes informent leurs concitoyens qu'ils devront faire un chèque en blanc et l'adresser au conseil d'agglomération.

Est-ce que les leaders défusionnistes informent leurs concitoyens qu'ils devront payer une deuxième fois pour les coûts de transition, en plus d'assumer les coûts des études, du référendum, etc.

Je me demande surtout si les leaders défusionnistes sont véritablement représentatifs de leur population. Je crois plutôt qu'une large majorité de citoyennes et de citoyens ne veulent pas de chicanes, ne veulent pas de la division, ne veulent pas de cicatrices qui seront longues à guérir.

Les leaders défusionnistes n'ont pas fait l'effort de collaborer avec les autres arrondissements, ni avec la Ville de Montréal. Pourtant, de notre côté nous mettons en place un nouveau modèle organisationnel, qui ouvre la porte à un nouveau partage des pouvoirs, où chaque individu, chaque arrondissement pourra prendre sa place, se développer et s'épanouir.

Mais pour que ça marche, il faut que l'épée de Damoclès ne soit plus sur nos têtes.

Il y a déjà quatre ans que nous vivons cette instabilité. Tous les jours, alors que nous consacrons le plus clair de nos énergies aux enjeux fondamentaux de la métropole, tous les jours nous devons composer avec l'incertitude imposée par ceux qui s'intéressent aux structures plutôt qu'aux services, au passé plutôt qu'à l'avenir.

En 2001, même si cette ville nous avait été imposée, je l'admets, j'ai pris part avec d'autres maires aux travaux du comité de transition pour préparer la nouvelle Ville de Montréal. Mon souhait le plus cher maintenant, c'est de ne jamais siéger sur un comité de transition pour préparer son démantèlement.

CONCLUSION

À l'instar du maire de Montréal, ceux qui ont à cœur notre ville et tout ce qu'elle représente doivent dès aujourd'hui se lever et le dire haut et fort. Je suis convaincu qu'ils trouveront un écho favorable là où les leaders défusionnistes se font les porte-parole d'une minorité.

À ce titre, je tiens à saluer l'initiative de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et de son président, M. Benoît Labonté, qui ont mis sur pied cette vaste entreprise qui s'appelle Coalition Montréal. Je ne saurais insister assez pour vous dire combien cette initiative témoigne d'une vision à long terme de notre devenir et d'une capacité impressionnante de rassembler des personnalités de tous les horizons.

La Coalition doit s'élargir et poursuivre ses activités.

J'invite également tous les employés de la Ville de Montréal et des arrondissements, dont j'ai eu maintes fois l'occasion de constater le dévouement et l'attachement envers leur ville, d'apporter leur contribution concrète, que ce soit individuellement ou collectivement, à la réussite de Montréal.

N'ayez pas peur d'aller convaincre.

Montréal est déjà une ville importante et elle a tout ce qu'il faut pour se situer parmi les meilleures, en Amérique du Nord et dans le monde. Chaque jour qui passe apporte son lot d'opportunités qu'il nous appartient de saisir. La seule façon de le faire, c'est d'arrêter de vivre dans le passé et de se tourner résolument vers l'avenir, c'est d'avancer sans jamais reculer.

Nous sommes tous conviés à bâtir une métropole où chacun a sa place et une chance égale de s'épanouir, une métropole où règnent les valeurs de solidarité, de partage, de respect, d'harmonie, de justice et d'équité.

C'est le défi auquel je me consacre tous les jours et auquel je vous invite.

Je vous remercie.