Discours - conférencier : M. Richard E. Waugh, président et chef de la direction, Banque Scotia Le défi canadien : un nouveau monde d'échange

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Ajouté le 20 janvier 2004 dans Discours


Allocution prononcée par Rick Waugh
Président et chef de la direction

BANQUE SCOTIA

devant le Bureau du commerce de Montréal

le 20 janvier 2004

Nous devons rééquilibrer nos priorités. Plus urgent encore, le Canada, qui a déjà joué un rôle important à l'échelle internationale, semble avoir perdu une grande partie de son influence, et ce, au sein même de son hémisphère. C'est la raison pour laquelle, particulièrement dans la foulée du succès en apparence du Sommet des Amériques, qui a eu lieu la semaine dernière, le Canada doit redoubler d'efforts pour promouvoir le commerce hémisphérique en mettant nettement l'accent sur la conclusion d'accords commerciaux et de développement bilatéraux et régionaux comme l'ALENA. Ces accords et les occasions qui en découleront deviendront de plus en plus importants pour le Canada et les milieux d'affaires canadiens.

Seul le texte prononcé fait foi

Bonjour, mesdames et messieurs. Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui et de pouvoir m'adresser au Bureau du commerce, un lieu d'échange privilégié pour discuter des grandes questions économiques et internationales et des moyens d'améliorer la compétitivité des entreprises.

C'est également avec joie que je suis à Montréal, car la Banque Scotia a une longue histoire au Québec et est fière de répondre aux besoins financiers des particuliers et des entreprises de cette belle province. En fait, c'est avec grand plaisir que nous sommes présents au Québec depuis plus de 116 ans. Lorsque nous avons ouvert notre première succursale à Montréal en 1888, dans la rue Saint-Jacques, il s'agissait de notre premier établissement canadien à l'extérieur des provinces maritimes.

J'aimerais donc remercier le Bureau du commerce de me permettre, par son invitation, de discuter des défis que nous devons tous relever et des occasions que nous devons saisir afin d'assurer une croissance durable dans le monde d'aujourd'hui.

Vous vous demandez peut-être ce qu'un simple banquier de La Banque de Nouvelle-Écosse et originaire de Winnipeg connaît sur l'économie mondiale.

Comme je l'ai déjà dit, j'ai travaillé pendant huit ans à New York et pris la tête de nos opérations internationales, ce qui m'a amené à voyager dans une quarantaine de pays à plusieurs reprises. Mon cheminement de carrière, dans l'ensemble, ressemble donc à une sorte de voyage autour du monde.

Aujourd'hui, la Banque Scotia est la deuxième banque en importance au Canada et la deuxième société canadienne en termes de capitalisation boursière. La Banque a été fondée à Halifax en Nouvelle-Écosse en 1832. Nous sommes aussi la banque la plus internationale du Canada, comptant plus de 1 800 succursales et bureaux dans environ 50 pays. Dans ces pays, nous exerçons nos activités à titre d'institution bancaire locale, généralement sous la bannière de la Banque Scotia, et offrons une gamme complète de services à nos clients. Ce qui fait de nous une véritable banque internationale aux assises canadiennes.

Notre banque a toujours considéré les marchés internationaux comme des occasions de croissance remarquables. Près du tiers de notre bénéfice provient de nos opérations internationales et environ 40 % de nos 48 000 employés y travaillent, dont bon nombre au Canada.

Nous vouons un intérêt particulier aux régions des Antilles et de l'Amérique latine. Nous sommes la banque la plus ancienne en République dominicaine et sommes présents depuis plus de 30 ans à Haïti et 114 ans en Jamaïque. La Banque Scotia est la seule banque internationale d'importance à être présente dans quatre des sept pays de l'Amérique centrale, c'est-à-dire à Panama, au Costa Rica, au Salvador et à Belize. En Asie, nous sommes établis en Malaisie depuis 30 ans et en Inde depuis environ 20 ans. Non seulement tous ces marchés jouent un rôle crucial dans notre réussite actuelle, mais ils occupent aussi une place essentielle dans nos projets d'avenir. Il n'est donc pas surprenant que nous surveillions étroitement la santé économique de ces régions.
Maintenant que j'ai fait cette déclaration d'intérêt personnel, j'aimerais vous parler cet après-midi de certaines des régions où nous exerçons nos activités, et plus précisément des possibilités que j'estime que le Mexique, les Antilles et l'Amérique centrale offrent au Canada et aux entreprises canadiennes. Je conclurai par quelques commentaires généraux sur la nécessité pour le Canada de rétablir son influence dans cet hémisphère, particulièrement en rapport avec ces régions à potentiel élevé.

Tout d'abord, brièvement, j'affiche un optimisme prudent pour l'année à venir en ce qui concerne l'économie qui sert de toile de fonds à mon allocution. Mon optimisme se fonde sur la croissance de l'économie mondiale, mais se teinte de prudence en raison d'un certain nombre de questions liées aux taux de change et à l'accroissement du déséquilibre de la balance commerciale et des paiements, notamment aux États-Unis, et à des préoccupations plus larges en ce qui a trait aux tendances récentes du commerce mondial.

Pour la première fois depuis de nombreuses années, nous assistons à une synchronisation de la reprise économique à l'échelle mondiale, avec à sa tête les États-Unis, de tout temps une locomotive de croissance, suivis par des économies traditionnellement plus lentes à se redresser, comme le Japon et l'Europe, et poussés par les économies régionales et naissantes que sont la Chine et l'Inde.

En 2004, on s'attend à ce que les États-Unis affichent une croissance de l'ordre de 4,5 %, et ce, surtout grâce aux formidables politiques de relance budgétaire et monétaires et à la faiblesse du dollar qui stimulent les exportations. Cependant, la faiblesse des données relatives à l'emploi de même que l'endettement élevé et les fragiles économies du consommateur moyen nous forceront à nous demander jusqu'où nous mènera cette croissance et à quelle vitesse. Mais il est évident qu'une reprise de l'économie américaine est de bon augure pour tous les pays de cet hémisphère, particulièrement pour le Canada.

Ce qui importe toutefois, c'est que le secteur des entreprises se redresse afin que l'économie conserve son impulsion au cours du deuxième semestre, et ce, au prix d'investissement de capitaux et de constitution d'inventaires.

Je persiste à croire que le Canada est en excellente posture, et ce, malgré quelques défis à court terme qu'il aura à relever, notamment la hausse rapide de sa devise et l'impact de celle-ci sur son secteur de l'exportation.

À long terme, un dollar fort est une bonne chose, car c'est le gage de la force d'une économie et d'une nation. Je suis d'avis que les industries canadiennes peuvent relever le défi que représente l'appréciation du dollar canadien en cherchant constamment à améliorer leur productivité afin de contrer la concurrence des importations et de pouvoir exporter. À ce titre, les industries de haute technologie de Montréal, comme celles du secteur pharmaceutique, sont assurément de calibre international.


Cependant, la vitesse à laquelle le dollar prend de la valeur peut être à l'origine de difficultés importantes pour les entreprises. En effet, la fonte rapide des revenus liés aux exportations exige des ajustements fondamentaux à notre productivité, ce qui ne peut être accompli du jour au lendemain. Nos gouvernements et la Banque du Canada sont parfaitement au courant de cette situation.

Pour l'essentiel, notre économie demeure forte. Les mesures budgétaires adoptées par la plupart des gouvernements, le fait que les ménages canadiens désirent consommer et un secteur de l'habitation dont la croissance continue d'être stimulée par la faiblesse extraordinaire des taux hypothécaires, tout cela y contribue. Par ailleurs, l'emploi est également solide. À Montréal, par exemple, l'emploi a connu une augmentation subite grâce à la création de 270 000 postes au cours des sept dernières années. L'élan donné à la croissance du revenu et à la confiance des ménages a été déterminant dans la hausse des activités dans le secteur domiciliaire à Montréal.

En conséquence, comme je l'ai dit, je manifeste un optimisme prudent à l'égard de l'économie du Canada et de l'économie mondiale.

Par ailleurs, je crois fermement que l'économie mondiale a subi une transformation majeure, principalement en raison des événements tragiques du 11 septembre et parce que les questions de sécurité constituent désormais une préoccupation importante pour les États-Unis. À cause de l'incertitude, bon nombre des principales économies du monde, notamment les États-Unis, se replient de plus en plus sur des questions d'intérêt purement national, ce qui entraîne la mise en place de barrières qui nuisent au commerce et aux investissements internationaux, souvent au détriment de leurs partenaires commerciaux, y compris des pays les plus vulnérables à de tels comportements.

L'échec des pourparlers de l'OMC à Cancun, au Mexique, fait ressortir qu'il est de plus en plus difficile de conclure des accords commerciaux à l'échelle mondiale. Bien que j'appuie entièrement l'OMC et que je favorise la poursuite des négociations, il demeure que les États-Unis ont déjà fait savoir qu'ils sont prêts à adopter une approche plus bilatérale afin d'atteindre leurs objectifs étroitement définis en l'absence de progrès dans les pourparlers multilatéraux, et ce, par la conclusion récente d'ententes avec le Chili et Singapour.

Aussi malheureux que cela puisse être pour le Canada, cela fait également ressortir le besoin de rééquilibrer nos priorités. Plus urgent encore, le Canada, qui a déjà joué un rôle important à l'échelle internationale, semble avoir perdu une grande partie de son influence, et ce, au sein même de son hémisphère. C'est la raison pour laquelle, particulièrement dans la foulée du succès en apparence du Sommet des Amériques, qui a eu lieu la semaine dernière, le Canada doit redoubler d'efforts pour promouvoir le commerce hémisphérique en mettant nettement l'accent sur la conclusion d'accords commerciaux et de développement bilatéraux et régionaux comme l'ALENA. Ces accords et les occasions qui en découleront deviendront de plus en plus importants pour le Canada et les milieux d'affaires canadiens.

Commençons par le Mexique et l'importance de l'ALENA.

L'ALENA, maintenant dans sa onzième année d'existence, a entraîné une explosion du commerce et une croissance des investissements directs en Amérique du Nord. Depuis la signature de l'Accord, les exportations dans les pays de l'ALENA ont plus que doublé pour atteindre plus de 600 milliards de dollars américains par année. Les investissements directs ont aussi plus que doublé, affichant 350 milliards de dollars américains pendant la même période.

Il va de soi que les États-Unis ont été le point de mire de cet accord trilatéral, puisque 85 % des exportations du Canada, 84 % de celles du Québec et 88 % de celles du Mexique sont destinées aux États-Unis. Sans nul doute, cette intégration économique accrue a entraîné un raffermissement de l'économie du Canada.

Une réalité tout aussi intéressante, qui a fait peu de bruit, est le développement de la relation entre le Canada et le Mexique, un marché émergent, mais intégré à l'espace économique nord-américain.

Les échanges commerciaux entre le Canada et le Mexique ont plus que triplé au cours des 10 dernières années. Le Canada est maintenant le deuxième marché d'exportation du Mexique, après les États-Unis. Le Mexique représente le sixième marché d'exportation du Canada et la moitié de nos exportations sont des produits manufacturés. Et le Canada se classe maintenant au troisième rang des investisseurs étrangers au Mexique, derrière les États-Unis et les Pays-Bas. En comparaison, en 1993, le Canada occupait le neuvième rang des pays investisseurs au Mexique, derrière plusieurs pays européens. Ces investissements sont faits dans de nombreux secteurs, comme les mines, la fabrication et les services financiers, pour n'en nommer que quelques-uns. Le Mexique et le Canada ont des intérêts communs importants au nombre desquels figure l'élaboration d'un programme énergétique continental. Le Mexique sollicite activement des investissements de la part des sociétés canadiennes du secteur de l'énergie. L'agro-alimentaire est un autre secteur de croissance important, tout comme les télécommunications, les transports, l'éducation, les services financiers, etc. Le Mexique est une terre de possibilités pour le Canada et pour le Québec, cette province ne destinant au Mexique que 1 % de ses exportations internationales de marchandises.

La Banque Scotia est maintenant propriétaire à plus de 90 % de Scotiabank Inverlat, une banque importante au Mexique. Nous comptons près de 400 succursales, 7 000 employés et un million de clients. La Reforma, le journal le plus important du Mexique, nous a classé au premier rang en matière de service à la clientèle l'année dernière. Au total, nous avons investi environ un milliard de dollars canadiens dans Inverlat – et nous y investirons encore plus. Nous croyons qu'Inverlat représente pour nous une excellente franchise qui offre un potentiel de croissance remarquable pour l'avenir.

Alors, qu'est-ce qui nous a poussé à investir dans ce pays?

La réponse est simple. Nous reconnaissons depuis longtemps le potentiel incroyable du Mexique, car nous avons un bureau dans ce pays depuis les années 1960. Le Mexique est devenu aujourd'hui un marché en croissance et de plus en plus développé de près de 100 millions de personnes. Fait significatif, environ les deux tiers de la population ont moins de 25 ans. Évidemment, les jeunes personnes consomment quand elles font leur entrée sur le marché du travail. Elles veulent des voitures et des maisons et, pour ce faire, elles ont besoin de produits et services bancaires.

Si l'on examine plus précisément les services financiers, les marchés des services bancaires aux particuliers affichent une croissance rapide, environ trois fois supérieure au rythme de l'économie. Cela est particulièrement vrai dans le cas des prêts hypothécaires et des prêts personnels. Le Mexique est un pays sous-équipé en services bancaires. Les prêts ne représentent que 20 % du PIB, par rapport à plus de 70 % aux États-Unis et près de 90 % au Canada.

Le Mexique s'emploie à bâtir, réformer et libéraliser son économie. Oui, il y a eu des difficultés politiques, mais il est clair que ce pays va dans la bonne direction. Son économie n'est pas seulement ouverte aux entreprises, elle l'encourage, sans parler de sa situation géographique stratégique qui en fait la porte d'entrée vers les Amériques centrale et du Sud. Nous croyons donc que la Banque Scotia a un avenir brillant au Mexique, tout comme les autres entreprises canadiennes qui n'ont pas peur de s'implanter sur les marchés étrangers.

Dans le futur, le Canada et le Mexique continueront de partager de nombreux intérêts en matière de politique, de sécurité et d'économie lesquels, à n'en pas douter, découlent du fait que nous partageons le continent nord-américain avec la seule superpuissance du monde.

À mon avis, on ne peut trop insister sur l'importance des relations entre le Canada et nos partenaires en Amérique du Nord. En tant qu'homme d'affaires et banquier, je pense aussi que nos relations avec les États-Unis et le Mexique doit demeurer, dans le cadre de l'ALENA, en tête des priorités commerciales du gouvernement canadien.

Voilà autant d'arguments qui devraient inciter les entreprises et le gouvernement canadiens à s'éveiller davantage aux possibilités qu'offre le Mexique.

Déplaçons-nous maintenant vers une autre région où le Canada et les entreprises canadiennes trouvent aussi, à mon avis, des occasions de croissance particulières, bien que le contexte soit différent, les Antilles et l'Amérique centrale.

Voici pourquoi les Antilles et l'Amérique centrale forment une région dynamique et diversifiée composée de 34 pays et territoires comptant une population de 77 millions d'habitants. On y parle plusieurs langues, notamment l'anglais, l'espagnol, le français, le créole et le néerlandais. En termes de richesse, les Antilles englobent un des pays les plus pauvres de la planète, Haïti, ainsi que des pays beaucoup plus prospères comme les Bahamas, la Barbade et, de plus en plus, Trinité-et-Tobago et le Costa Rica.

La Banque Scotia est présente dans les Antilles depuis 1889, quand nous avons ouvert notre premier bureau à Kingston, en Jamaïque, pour soutenir le commerce nord-sud du rhum, du sucre et du poisson.

Plus d'un siècle plus tard, la Banque Scotia est devenue la première banque des Antilles et d'Amérique centrale, avec des activités dans 25 pays, au moins deux fois plus grande que toutes les autres banques présentes dans la région.

Nous comptons près de 8 000 employés qui servent plus de deux millions de clients et plus de 270 succursales. À propos d'Haïti, nous y avons trois succursales, qui réussissent très bien, qui sont rentables et qui présentent peu de problèmes de fonctionnement. Nous offrons des bons emplois à la population locale et nous avons d'excellents employés dont certains travaillent pour la Banque Scotia depuis plus de 20 ans. Et, même si le pays est confronté à de graves défis, nous avons l'intention d'ouvrir bientôt une quatrième succursale. La région enregistre globalement de solides revenus annuels depuis plus d'une décennie, dont un revenu net de 253 millions de dollars canadiens en 2003.

Nous remportons aussi beaucoup de succès auprès des communautés canadiennes originaires des Antilles et d'Amérique centrale. Ici, à Montréal, nombreux sont ceux qui ont leurs racines dans cette région. Ainsi donc, c'est un grand succès pour notre banque, ce qui explique pourquoi nous accordons une si grande importance à cette région.

Et pour les États-Unis, cette région prend de plus en plus d'importance, non seulement en raison des échanges commerciaux, mais aussi pour des questions de sécurité. Alors que les États-Unis surveillent plus étroitement leurs frontières avec le Canada et le Mexique à cause de leurs craintes en matière de sécurité, ils découvrent une « troisième frontière » dans les Antilles.

Pour s'attaquer à cette question, l'administration américaine a élaboré le plan de la Troisième frontière : un ensemble de programmes qui mettent l'accent sur l'économie, la santé, l'éducation, le maintien de l'ordre et la coopération dans les Antilles. Ce plan prévoit des fonds, par exemple, pour la lutte contre le VIH/SIDA, un problème de santé crucial pour la région aux prises avec le taux d'infection le plus élevé au monde après l'Afrique.

À mon avis, le plan de la Troisième frontière est important parce qu'il montre que les États-Unis reconnaissent le besoin d'accroître le développement et la sécurité, non seulement comme une priorité évidente dans le contexte des importants problèmes de sécurité, mais aussi à la lumière de l'intégration de plus en plus poussée des économies de l'Amérique du Nord, de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud. Tout cela fait ressortir le potentiel de croissance à long terme de cette région, un potentiel que le Canada et les entreprises canadiennes se doivent d'exploiter.

Il y a un dernier point que j'aimerais souligner. Les occasions qui s'offrent au Canada ne concernent pas seulement les possibilités de faire des investissements précis. Elles sont aussi reliées au développement de notre sphère d'influence globale dans cet hémisphère par le développement économique à long terme et le soutien institutionnel et social dans toute cette région. Le Canada peut assumer un véritable leadership à cet égard.

On oublie facilement qu'après les États-Unis, le Canada représente la deuxième économie à la fois en Amérique du Nord et du Sud. Plusieurs pays souhaitent que le Canada joue un plus grand rôle pour servir de contrepoids naturel à la domination des États-Unis.

Les grands pays développés, comme le Canada, ont la responsabilité de soutenir financièrement les marchés en développement et de les aider à organiser et à bâtir un cadre institutionnel et juridique approprié pour favoriser la croissance économique, le développement social et la création de richesse.

À cette fin, je trouve très encourageant la déclaration qu'à faite le premier ministre, Paul Martin au début de la semaine à l'effet de jouer un rôle actif pour venir an aide à Haïti.

Les pays riches représentent les deux tiers du commerce mondial et les trois quarts du PIB mondial. Par conséquent, les décisions que nous prenons ont des répercussions disproportionnées sur les autres marchés. Encore plus pour les petits pays des Antilles et de l'Amérique centrale.

En même temps, les gouvernements et le secteur privé doivent comprendre les limites des pays émergents. Ils doivent reconnaître que ces pays ne peuvent atteindre certains objectifs du jour au lendemain, comme la transparence totale. De tels changements prennent du temps et doivent être gérés judicieusement.

Malgré les progrès intéressants réalisés au fil des années dans toutes les Antilles et l'Amérique centrale, il reste encore beaucoup à faire. Les gouvernements et les organisations internationales, tout en confirmant leurs différentes priorités, notamment la sécurité et la transparence, doivent aussi évaluer avec réalisme les progrès possibles sur ces marchés, du moins à court terme, en vue d'atteindre ces objectifs. Il leur faut du temps et il leur faut de l'aide.

Je crois que le temps est venu pour les grandes nations et, en particulier, pour le Canada, de faire preuve d'un engagement et d'un leadership accrus. Nous avons perdu en partie l'initiative, ces dernières années – et aujourd'hui, avec un nouveau gouvernement et un nouveau leadership, nous avons l'opportunité de la reprendre. Le travail du premier ministre Paul Martin à Monterrey, son offre visant aider à résoudre la crise à Haïti, comme je l'ai mentionné, présage bien de l'avenir dans ce sens, selon moi.

Manifestement, ces problèmes doivent être réglés. Les pays riches ont la responsabilité de s'engager en appuyant le développement économique et social et en se servant du commerce comme d'un catalyseur de la croissance. Et, travailler à atteindre ces objectifs est également pour nous une manière de développer nos affaires.


Devant la débâcle des récentes négociations sur le commerce mondial, le moment est maintenant venu pour le Canada de faire de cette question une véritable priorité. Bien sûr, nous ne pouvons chercher à plaire à tout le monde. En tant que pays, et en tant que Banque, nous devons focaliser notre action et c'est pourquoi je considère le Mexique, les Antilles et l'Amérique centrale comme des priorités évidentes.

Le Canada peut réellement faire une différence dans cet hémisphère et y avoir un rôle important qu'il pourrait difficilement jouer ailleurs, comme en Afrique ou en Asie. Et c'est la raison pour laquelle je crois que le premier ministre Paul Martin devrait également être félicité pour son travail à Monterrey en réalisant une entente entre les 34 pays pour promouvoir une plus grande liberté du commerce dans l'hémisphère, ce qui permettra de profiter des opportunités créées par l'ALENA et la Troisième frontière.

En conclusion, je crois que le Mexique et les Antilles et l'Amérique centrale offrent des occasions de croissance au Canada et aux entreprises canadiennes. Au Mexique, ces occasions s'inscrivent dans le cadre de l'ALENA, compte tenu du succès de cet Accord au cours des 10 dernières années et du potentiel qu'il présente pour l'avenir. Pour les Antilles et l'Amérique centrale, par le biais d'ententes bilatérales, du soutien institutionnels, des investissements et des échanges commerciaux, le potentiel repose sur l'importance stratégique accrue de cette région, en partie soutenue par la stabilité offerte par le plan américain de la Troisième frontière.

À cet égard, en tant que chefs d'entreprises et entrepreneurs, nous pouvons jouer un rôle important. La croissance économique du Canada et la maturité de notre marché exigent de nous tous que nous saisissions les occasions de croissance qui se présentent, et je crois que les meilleurs endroits où chercher sont le Mexique, les Antilles et l'Amérique centrale.

Mesdames et messieurs, merci.