Discours – conférencière : Mme Louise Sicuro, présidente-directrice générale et fondatrice, Les Journées de la culture Les arts et la culture : au cœur de la ville créative

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Ajouté le 30 septembre 2005 dans Discours

Allocution de Louise Sicuro, directrice générale du Secrétariat des Journées de
la culture devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
Le 30 septembre 2005

Les arts et la culture : au cœur de la ville créative

Madame la ministre,
Madame la vice-présidente du Comité exécutif de la Ville de Montréal,
Madame la présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce,
Mesdames et messieurs de la table d'honneur.

Lorsque j'ai accepté, il y a plusieurs semaines, l'invitation d'Isabelle Hudon à prendre la parole à cette tribune, « aux aurores », et qui plus est, le premier matin du long week-end de la neuvième édition des Journées de la culture, j'ai pris une décision que j'ai un peu regrettée au cours des dernières semaines alors que je sillonnais les routes du Québec avec notre porte-parole, le comédien et animateur bien connu, André Robitaille.

Mais, ces regrets se sont peu à peu dissipés alors que je me préparais à vous rencontrer. En effet, j'ai été finalement obligée de m'extirper un moment du tourbillon des préparatifs des Journées de la culture. J 'ai dû chercher à prendre la mesure du chemin parcouru depuis 1996 et tenter de dégager les lignes de force qui traversent mon action et celles de mes collègues des milieux culturels qui travaillent, sans relâche, à redéfinir les rapports des arts et de la culture à la société en général et à la ville en particulier.

D'ailleurs, quelques-uns de mes complices de Culture Montréal sont ici ce matin et je les salue avec une affection toute particulière. D'autres, dont Simon Brault, le président de Culture Montréal et Charles-Mathieu Brunelle, qui dirige la Tohu, participent en ce moment même, à Toronto à l'événement international intitulé Creative Places and Spaces,organisé autour du thème de la créativité, pour présenter le cas de Montréal, intense incubateur de la création contemporaine et un modèle possible de république culturelle exemplaire.

Quand j'ai réalisé que je prononcerais ce discours dans ce lieu, dans cette salle des voûtes conçue à l'origine pour contenir des trésors essentiels à la vie, je me suis aussi dit que c'était là un lieu inspirant pour traiter de la plus grande richesse que possède cette ville : la créativité de sa population, et, richesse des richesses, l'impétueuse créativité de ses artistes...

La tribune de la Chambre de commerce est de plus en plus fréquentée par des artistes et des activistes des milieux culturels de la Métropole. C 'est là d'abord une conséquence de l'ouverture et de l'intérêt manifestés par des leaders de cet organisme clé de la société civile montréalaise à l'égard d'un secteur d'activité majeur, celui des arts et de la culture, qui constitue aussi une dimension incontournable de l'expérience urbaine.

D'ailleurs, la voix déterminée d'Isabelle Hudon était entendue, l'hiver dernier, à l'occasion des consultations publiques autour du projet de politique culturelle de la Ville et le point de vue qu'elle articulait dépassait largement le cadre étroit des retombées économiques des activités culturelles sur le territoire de la Métropole.

Mais les rencontres plus fréquentes et plus suivies entre les gens de la culture et les gens d'affaires sont aussi le résultat de l'émergence, ici et partout sur la planète, du secteur des arts et de la culture comme moteur économique des grandes villes, comme vecteur de développement social et comme catalyseur de re-génération urbaine.

Il devient, évidemment, de plus en plus difficile d'ignorer les connexions entre culture et développement économique. Au Canada, on sait que 3,8 % du PIB, soit environ 39 milliards $ est attribuable aux arts et à la culture. On calcule aussi que l'exportation des biens et services culturels atteint 4,5 milliards $ par année. Incidemment, l'augmentation de l'exportation des produits culturels canadiens a augmenté de 80 % entre 1996 et 2002. Au Québec, les arts et la culture ont représenté 4 % du PIB entre 1996 et 2001.

Comme un peu partout dans le monde, on commence à développer une nomenclature des impacts économiques des arts et de la culture. On ne se contente déjà plus de compter bêtement les emplois et de délimiter la portion du PIB attribuable à la culture.

Ainsi, on comprend de plus en plus que l'ensemble des produits culturels constitue de facto un stock d'idées, de concepts, d'images, de sons qui est absolument essentiel à l'expansion des industries culturelles, qui nourrit les médias, irrigue l'industrie publicitaire ou fait tourner une bonne partie de l'industrie touristique.

On réalise aussi que les ar ts et la culture sont essentiels à la production de la véritable valeur ajoutée pour les industries de télécommunication.

De plus, on analyse que les institutions et les événements culturels ont un impact immédiat sur l'économie locale, non seulement au chapitre de la consommation de proximité (restos, magasins, transport, etc.) mais aussi au chapitre de la valeur ajoutée au parc immobilier.

Je pourrais, ce matin, vous aligner encore beaucoup plus de chiffres, de données et de cas concrets pour illustrer le poids grandissant de la culture dans nos économies. Je ne le ferai évidemment pas puisque ça finit par être assommant, surtout de si bonne heure!

Mais, je veux attirer votre attention sur le simple fait que, si j'avais décidé de le faire, j'aurais eu accès à une quantité impressionnante d'études et de rapports publiés par les gouvernements, les instituts de recherche, les « think thank » culturels, les observatoires et les départements d'universités, d'ici et d'ailleurs, qui mesurent, évaluent, soupèsent et projettent les dépenses, les investissements, les rendements, les retombées, les effets de leviers, etc., de l'activité culturelle à l'échelle de communautés, de villes, de territoires métropolitains ou de pays.

L'économie de la culture et la contribution de la culture à l'économie sont devenus des champs d'investigations et de recherches de plus en plus quadrillés par les chercheurs et les planificateurs de tout acabit, ce qui est en soi une confirmation de l'importance économique objective d'un secteur qui, jusqu'à tout récemment, fonctionnait en périphérie, sinon en marge du marché.

Je ne sais pas si ce constat est en soi réjouissant. Je sais seulement que nous avons de moins en moins besoin de convaincre les décideurs publics et privés de l'importance de la culture dans l'économie.

D'ailleurs, la toute récente politique de développement économique adoptée par la Ville de Montréal en témoigne de façon éloquente alors que la création artistique est présentée comme un des cinq axes de développement d'une Métropole prospère.

Évidemment, on peut sûrement trouver, ça et là, un économiste ou un professeur de marketing pour argumenter que tout cela est illusion mais, dans l'ensemble, ce débat est presque réglé et c'est tant mieux parce qu'il y a tant d'autres choses à dire et à comprendre à propos de l'importance de l'art et de la culture comme dimensions essentielles de l'expérience humaine et comme conditions de notre coexistence sociale.

En même temps qu'on observe un foisonnement intense sur le front de la recherche et de la planification économique, on a accès à un nombre grandissant d'études sur les impacts sociaux, sur les retombées sociales de la pratique et des activités de création, de production et de diffusion artistique.

Depuis une quinzaine d'années, nos amis britanniques ont puisé dans leur fameux réservoir de pragmatisme pour documenter les impacts sociaux, directs et indirects, des investissements en faveur des arts et de la culture.

En prenant comme banc d'essai, tantôt des centres correctionnels, tantôt des écoles ou des hôpitaux, tantôt des quartiers ou des villes, ils sont parvenus à démontrer que la fréquentation des arts, la pratique culturelle en amateur ou la participation aux événements culturels sont génératrices de sociabilité, d'acceptation des identités différentes, de bien-être psychologique, d'élévation personnelle et de réduction des tensions interpersonnelles… Ils ont aussi beaucoup documenté l'impact des arts sur le développement de la créativité et de la capacité à résoudre des problèmes complexes chez les enfants.

À la fin des années 1990, ils ont articulé les concepts d'industries inventives et de villes créatives, des idées qui ont été habilement récupérées par Tony Blair avec son slogan Cool Britannia. Ils ont proposé au gouvernement et aux élus municipaux des stratégies de valorisation de la culture permettant de projeter une image de marque faite de sophistication, de modernité, de créativité et de parti pris en faveur de l'innovation. Les dépenses en culture ont commencé à être davantage présentées comme des investissements.

Au cours de la dernière décennie, l'Angleterre est devenue un grand laboratoire proposant une instrumentalisation systématique des arts et de la culture. À un point tel, d'ailleurs, que des intellectuels et des artistes du Royaume-Uni se sont insurgés, à juste titre je crois, contre cette déviation qui consiste à n'accorder de valeur à l'art qu'à condition qu'il soit économiquement rentable ou socialement utile.

Évidemment, il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Une meilleure compréhension des impacts de l'art sur l'être humain, ses organisations et ses configurations sociales, peut contribuer à une plus grande valorisation des arts et de la culture et c'est tant mieux.

En 2002, aux États-Unis cette fois, les travaux rapidement médiatisés de Richard Florida sur les travailleurs du savoir et les facteurs d'attractivité de la main-d'œuvre technologique dans les grandes villes - dont le fameux indice bohémien qui établit une corrélation entre le nombre d'artistes dans une ville et le développement du secteur de haute technologie - précipitent les choses. Et cela, au point de créer un effet de mode et de laisser penser que le volontarisme des élites locales peut, à lui seul, faire émerger des villes créatives à répétition.

Le tourbillon médiatique nord-américain provoqué par Florida a, cependant, le réel avantage d'attirer tout particulièrement l'attention de nombreux politiciens de tous les niveaux de gouvernement, et, pour la première fois d'une façon aussi répandue sur ce continent, celle des maires et des politiciens municipaux, en plus, bien sûr, de frapper l'imagination des gens d'affaires.

Florida et quelques autres penseurs, avant et après lui, ont eu le mérite d'attirer notre attention sur les villes, en particulier sur les grandes villes, comme nouveaux territoires culturels. Ils l'ont fait en cherchant à comprendre et à expliquer les corrélations, les connexions, les rapports entre l'art, la culture, la créativité et le développement économique et social.

Paraphrasant la Torontoise Jane Jacobs , Richard Florida nous rappelait tout récemment, ici même à Montréal, qu'il est primordial de comprendre les effets de la ville sur ses habitants si on veut dégager des stratégies de croissance qui fonctionnent.

Dans la mesure où l'expression manifeste et la valorisation conséquente de la créativité attirent et encouragent les gens créatifs et stimulent les réflexes créatifs parmi une population, on peut supposer que l'intensité, l'originalité, la diversité et l'impétuosité de la vie culturelle d'une place donnée deviennent un avantage stratégique, sinon un puissant levier de développement.

Sur le plan individuel, la créativité est d'abord le résultat d'une démarche émotive, intuitive et réflexive où l'imaginaire est intensément sollicité. Or, nous accumulons les preuves démontrant que la fréquentation des arts et du patrimoine contribue à stimuler les facteurs de créativité que sont le sens critique, la capacité de solliciter l'imaginaire, la transgression des frontières mentales rigides, la distanciation émotive, la capacité de transposer, la capacité de rompre les comportements intellectuels et physiques convenus et prévisibles (par la danse, par exemple), etc.

D'ailleurs, on trouve encore des confirmations de cela dans un rapport intitulé Gifts of the Muse: Reframing the Debate about the Benefits of the Arts qui a été publié en février dernier par la Fondation Rand , une fondation priv ée américaine. En effet, les auteurs de ce rapport mettent en évidence les effets intrinsèques des arts sur l'individu.

En se basant sur une quantité impressionnante d'études, d'observations et d'entrevues à propos de la relation des êtres humains à l'art, ils décrivent de la façon suivante les impacts des attributs intrinsèques de l'art sur les personnes et donc sur la société. Ils parlent de :

  • La fascination, ou plutôt l'enthousiasme, dans son étymologie première de « transport divin », qui tire le simple mortel de son train-train quotidien pour le projeter à la fois en lui et hors de lui, en un bref mais si marquant moment d'éternité ;
  • Du plaisir, de la satisfaction profonde, intense et tout à fait inhabituelle, de la découverte d'une autre dimension de soi, d'un autre angle d'interprétation du réel, même, et peut-être surtout, lorsque l'œuvre est dérangeante ou tragique.
À ces premiers effets s'ajoutent :
  • Une plus grande capacité d'empathie ;
  • Un meilleur sens critique ;
  • Le développement cognitif, par le biais de la nécessaire interprétation d'œuvres rarement explicites.
Puis, considérant la somme des expériences individuelles, ils notent :
  • La création de liens sociaux, grâce au partage commun d'expériences artistiques, de l'émotion spécifique et des interprétations multiples qui en résultent ;
  • L'expression d'une identité collective.

Il n'est donc pas étonnant que les plus grands scientifiques, les plus grands penseurs, aient très souvent un rapport privilégié avec l'art et la culture, soit comme praticiens, soit comme amateurs passionnés. Le lien semble évident entre cet éveil, cette pulsion culturelle et leur immense créativité.

Si nous sommes privés de la fréquentation d'œuvres artistiques significatives, nous perdons la faculté de mettre en œuvre ce que le penseur, auteur et éducateur canadien Northrop Frye a appelé « le transfert de l'énergie créatrice », c'est-à-dire la capacité de réunir les conditions pour que l'imagination et l'intelligence se rejoignent.

On est forcément tenté de conclure qu'il faut encourager une exposition précoce aux arts et à la culture et créer des lieux et des occasions d'expériences artistiques qui nous interpellent et qui sont enrichissantes pour tous.

Il faut aussi faire le pari d'intéresser les citoyens non seulement aux œuvres mais aussi aux artistes eux-mêmes comme êtres humains et êtres sociaux qui vivent dans la cité et qui sont à même de jouer le rôle de médiateur entre les œuvres et les gens.

C'est ce pari qui est à la base même du mouvement des Journées de la culture dont j'ai le bonheur et le privilège d'assurer la direction et la coordination depuis leurs tous premiers balbutiements en 1996.

Les médiateurs culturels, les véritables passeurs de sens, sont encore trop peu nombreux dans nos sociétés surchargées d'informations et de significations sans références contextuelles, ni connexions internes.

En dessinant les contours de ce qui allait devenir les Journées de la culture telles qu'elles existent aujourd'hui, nous proposions de ne pas nous en tenir strictement à ce qu'on désignait alors comme le développement de public.

Nous avons fait le choix délibéré de remettre à l'ordre du jour l'idéal de la démocratisation culturelle. Nous ramenions ainsi à l'avant-plan la nécessité d'un travail rarement glorieux, toujours inachevé et sans cesse à recommencer. Il nous apparaissait important de faire quelque chose d'énergique, de concerté et de durable pour éviter que ne se creuse davantage le fossé entre l'art, apprécié d'un petit nombre, et l'immense majorité des citoyens qui ose à peine s'approcher de la table du banquet culturel que dressent tous les jours nos artistes.

Nous proposions alors de renouveler le modèle de démocratisation culturelle reposant uniquement sur la responsabilité de l'État et de ses ministères comme ceux de la Culture et de l'Éducation.

Nous avancions l'idée, somme toute assez simple, que les artistes et les travailleurs de la culture avaient tout intérêt à investir l'espace public dans un mouvement volontaire et militant en devenant les initiateurs et les producteurs d'une vaste opération d'éducation culturelle visant à favoriser l'appropriation des arts et de la culture par les citoyens.

Nous voulions que cette opération concertée du milieu culturel soit soutenue par l'État (comme partie intégrale de sa mission culturelle) mais aussi par les autres secteurs dont le milieu de l'éducation, le monde des affaires et le monde municipal.

En 1996, la proposition étonnait, surprenait. Mais il fallait initier un mouvement et, comme à chaque fois que ça se pose dans l'histoire, il fallait affirmer des ambitions et placer la barre haute, quitte à trouver, par la suite, les moyens de ces ambitions. Ce qui s'est fait.

Nous soutenions, et nous le soutenons toujours, qu'une attitude d'engagement passionné à l'égard du pouvoir transformateur des arts et de la culture est indissociable du propos et des idées à la base des Journées.

Pour illustrer les enjeux du travail de démocratisation culturelle auquel les Journées de la culture veulent contribuer, j'aime citer l'actuelle présidente-directrice générale de la Bibliothèque nationale du Québec, Lise Bissonnette, qui écrivait en 1999, en préface d'un livre polémique de Raymond Cloutier portant sur les débats au sein du milieu théâtral à propos des enjeux de démocratisation culturelle :

« Le pire n'est pas là. Il est dans le sentiment que tout a été essayé, que l'élargissement du public est une illusion, que le souci de démocratisation culturelle entraîne nécessairement, comme le veut le cliché, un nivellement par le bas. Comment ne pas désespérer, en effet, quand on entend ou lit des choses pareilles dans un milieu dont presque tous les artisans sont issus de classes sociales modestes et ont eu accès à leur bonheur de théâtre parce que quelqu'un, un jour, dans une école, dans un sous-sol d'église, dans une tournée, dans un texte, a fait un effort pour leur tendre la main, pour les atteindre et faire naître l'étincelle. La démocratisation de la culture est un rêve de justice, et, comme la justice, elle est inatteignable mais il est défendu de renoncer à y travailler… »

Les Journées de la culture sont faites de milliers d'interactions à l'échelle humaine. Elles ne ressemblent pas à un festival, ni dans leur esprit, ni dans leur morphologie. Sociologiquement, elles relèvent davantage de l'idée de la corvée, de ces mouvements dictés par le besoin et par l'urgence qui mobilisent les meilleures énergies et les meilleures intelligences d'une collectivité pour atteindre un objectif partagé autrement inatteignable.

Les Journées donnent un accès privilégié aux processus professionnels de formation, de création, de production et de diffusion culturelle. Les gens peuvent alors y projeter leur propre curiosité, leur capacité d'émerveillement, leur volonté de créer et leur besoin de participer et de s'identifier à l'aventure culturelle.

Les Journées ont un effet multiplicateur. De nombreuses initiatives s'inscrivent dans leur sillage, dans leur mouvance. Parfois de façon explicite, parfois sans qu'on le souligne ou même qu'on le réalise.

Évidemment, il faudra investir beaucoup plus de ressources humaines et financières pour franchir l'étape qui permettra de passer de la démocratisation de la culture à la culture démocratique et démocratisée.

Il faudra aussi que le mouvement initié par les Journées s'étende, s'ancre et se décline à l'année longue de sorte que les Journées elles-mêmes deviennent davantage un moment fort pour célébrer ce qui se fait et préfigurer ce qui devrait se faire en matière d'interaction culturelle.

Les Journées de la culture ont été incubées, imaginées, organisées, financées et déployées avec générosité et créativité à la grandeur du Québec à partir de sa Métropole, de sa Métropole culturelle. Ce n'est ni un accident, ni un hasard.

À l'aube du dixième anniversaire des Journées de la culture, je réalise pleinement à quel point il faut savoir prendre le pouls du Québec en posant soigneusement le stéthoscope sur son cœur culturel, sur ce cœur que vous faites battre avec tant d'ardeur. Il faut aussi, bien sûr, prendre les signes vitaux du reste du Québec, ce que nous ne manquons pas de faire alors que les Journées se déroulent dans plus de 260 municipalités.

Aujourd'hui, alors que bouillonne à Montréal des initiatives et des projets de plus en plus nombreux pour mieux connecter les arts et la culture au développement de la créativité et au développement économique et social, le travail de démocratisation culturelle à la base de ces Journées est encore plus précieux. Il a une portée potentielle que je ne pouvais même pas soupçonner il y a neuf ans.

La mouvance de la société civile montréalaise en faveur d'un nouveau droit de cité des arts et de la culture et en faveur d'une prise en compte de la diversité des expressions artistiques dans la ville est prometteuse. Pour l'heure, elle est reflétée dans la nouvelle politique culturelle de la Ville à laquelle il ne reste plus qu'à accoler une irrésistible volonté politique et les engagements financiers susceptibles de la matérialiser.

Cette mouvance est nourrie, notamment grâce à des nouveaux rapports entre le milieu culturel et le milieu des affaires, des rapports plus égalitaires basés sur des échanges de contenus, de savoir-faire et de compétences.

Ces nouveaux rapports vont inévitablement conduire à des stratégies de financement, d'investissement et de dépenses culturelles capables de prendre en compte la vraie valeur de la contribution des artistes au développement de la cité et de maximiser les impacts directs de l'art et de la culture sur nos âmes, nos existences individuelles et nos existences sociales. C'est à cette utopie atteignable que je vous convie.

Merci. Ce fut un honneur de prendre la parole à cette tribune.