Discours – conférencier : L'honorable David L. Emerson, ministre de l'IndustrieCréer une économie prospère pour le 21e siècle

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Ajouté le 20 septembre 2005 dans Discours

Notes d'allocution

L'honorable David L. Emerson
Ministre de l'Industrie

Tournée nationale de conférences

Montréal (Québec)
Le 20 septembre 2005


LE TEXTE PRONONCÉ FAIT FOI

Je suis content d'être parmi vous aujourd'hui à Montréal, une ville que j'aime beaucoup, et je remercie la Chambre de commerce pour son invitation à m'adresser à vous.

Je ne vous cacherai pas à quel point je suis impressionné par l'incroyable renaissance que cette ville a connue.

Lors de mes visites ici au début des années 1990, j'ai été frappé par cette ville qui semblait être l'ombre d'elle-même. L'économie semblait embourbée dans une récession permanente.

Depuis, les Montréalais ont retroussé leurs manches — et ils ont innové! Ils ont adopté la stratégie des grappes industrielles préconisée par le ministre de l'Industrie, du Commerce et de la Technologie de l'époque, Gérald Tremblay, votre charismatique maire actuel.

Le résultat en est une profonde transformation. Vous êtes actuellement un chef de file de l'économie du savoir. Vous avez tiré profit de vos habiletés, de votre talent, de votre esprit d'entreprise et de la cohésion de votre collectivité.

Vous appuyez des entreprises internationales de pointe : Ubisoft, SAP, Ericsson, AstraZeneca, Novartis et plusieurs autres qui ont établi leur siège social canadien ici à Montréal. Elles se joignent à des multinationales canadiennes locales comme CAE et Bombardier.

Montréal a, sans aucun doute, le potentiel de devenir un modèle du succès commercial dans la nouvelle économie mondiale.

Le rendement économique et financier spectaculaire du Canada laisse croire que notre pays se trouve en bonne position :

  • croissance économique pendant 14 années consécutives;
  • en tête des pays du G7 en ce qui a trait à la croissance de l'emploi et à la hausse du niveau de vie;
  • fardeau de la dette le plus bas des pays du G7 et qui continue à diminuer.

Nous sommes en bonne position, mais nous admettrons tous, je pense, que le succès d'hier ne tient pas lieu de garantie au succès de demain.

En réalité, un certain nombre de choses me préoccupent.

Je crains que les solides marchés des produits de base qui ont contribué à notre excellent rendement ne s'affaiblissent, puisque c'est inévitable.

Je crains le double déficit des États-Unis et la chute économique mondiale qui pourrait en découler.

Les taux d'intérêt américains montent lentement. Le protectionnisme s'enracine de plus en plus profondément. Songez au bœuf et au bois d'œuvre.

Je crains que nous ne soyons pas aussi préparés que nous devrions l'être pour gérer les possibilités et les menaces que pose les nouvelles puissances économiques, comme la Chine et l'Inde.

Je suis préoccupé par le vieillissement de notre population et le potentiel limité quant à la croissance de notre main-d'œuvre.

Je suis préoccupé par l' écart de productivité de 15 p. 100 qui persiste entre le Canada et les États-Unis. Cela signifie que chacun d'entre nous touche en moyenne 14 000 $ de moins par année que nos homologues américains.

Je crains aussi, nous devons tous craindre, l'incidence des changements climatiques. Le Canada est un pays nordique et nous constatons déjà certains signes précoces tels que le réchauffement des eaux, la disparition de glaciers et d'icebergs, la diminution de la migration des saumons, et des chocs sans précédent comme le dendroctone du pin en Colombie-Britannique.

Aujourd'hui, ces facteurs sont des nuages à l'horizon. Mais l'ouragan Katrina devrait nous rappeler que les nuages d'aujourd'hui peuvent se transformer en une grosse tempête demain.

Nous devons être prêts, et être prêts signifie être en mesure de résister aux chocs et pressions inévitables que nous affrontons.

Le Canada est une petite économie fondée sur les échanges commerciaux, l'économie la plus dépendante du commerce des pays du G7. Le niveau et la qualité de vie de sa population sont façonnés par sa capacité à se démarquer et à soutenir la concurrence dans une économie mondiale de plus en plus concurrentielle.

Si nous ne pouvons soutenir la concurrence, nous sommes vulnérables... vulnérables sur les plans économique et social.

Il s'agit d'un jugement sévère, mais bien réel : les soins de santé, les prestations de retraite, l'environnement, l'éducation, les soins aux enfants… ces conditions nécessitent toutes un puissant moteur économique pour les réaliser.

Soyons clairs : les possibilités d'investissement et les perspectives d'emploi sur lesquelles comptent les générations de jeunes Canadiens sont menacées. D'autres pays y tiennent et mènent à ce titre une concurrence de plus en plus forte.

C'est notre façon d'anticiper les menaces et les possibilités, et les mesures que nous prenons aujourd'hui qui feront en sorte que nos enfants se verront offrir ou non les possibilités et la qualité de vie dont nous avons joui.

Si nous hésitons à aller de l'avant, ces possibilités seront offertes aux enfants de l'Inde, de la Chine et des États-Unis.

Alors, comment faire face à cette situation?

Ce qu'on ne devrait pas faire :

  • encourager des salaires peu élevés / de mauvaises conditions de travail — il ne s'agit pas d'une course vers le bas.
  • favoriser une économie aux dépens de l'environnement

Selon moi, il n'y a qu'une voie à suivre : nous devons bâtir un moteur économique respectueux de l'environnement au pouvoir extraordinaire. Ce pouvoir doit provenir d'une capacité d'innovation et d'utilisation de la technologie profondément ancrée.

N ous devons faire en sorte que les sciences, la technologie et l'innovation s'immiscent dans chaque coin de chaque région et secteur... la fabrication, les ressources naturelles, les services, à la fois dans les secteurs public et privé.

À titre de ministre de l'Industrie, j'en fais mon obsession et je désire que le gouvernement du Canada en fasse l'une de ses priorités.

Ce ne sera pas facile. La mobilisation ciblée de millions de Canadiens sera nécessaire, chacun d'entre eux s'adaptant différemment selon ses propres circonstances.

Selon le gouvernement du Canada, il n'y a pas de solution miracle à sa disposition.

Cela ne signifie toutefois pas que nous ne savons pas quelles mesures entreprendre. Bien au contraire, nous le savons.

Nous savons que nous devons munir les citoyens des outils nécessaires, leur offrir un environnement de travail et de vie qui les appuie, et leur fournir l' infrastructure essentielle d'une économie moderne fructueuse.

Nous devons doter les gens des connaissances et des habiletés nécessaires pour accéder au bassin mondial de connaissances.

Nous devons encourager les entrepreneurs et les travailleurs et leur fournir les habiletés de gestion qui leur permettront de devenir des innovateurs prospères, des innovateurs qui trouvent continuellement de nouvelles façons de transformer les connaissances en richesses dans le cadre d'un processus permanent.

Nous devons continuer à augmenter notre masse critique de capacité de recherche canadienne... nous devons figurer parmi les meilleurs et repousser les frontières de l'exploration scientifique.

Et nous avons besoin de l'infrastructure essentielle d'une économie mondialement branchée.

Les télécommunications et la technologie à large bande sont les technologies les plus transformatrices de notre génération. Les Canadiens qui n'ont pas accès à Internet haute vitesse seront de plus en plus exclus de la partie en ce qui concerne les possibilités économiques, l'éducation et même les soins de santé.

Et bien que le Canada compte l'une des populations actives les plus instruites au monde et que nous réalisions des progrès pour attirer des chercheurs de renommée internationale, nous accusons du retard dans des domaines importants. Il y a, par exemple, moins de diplômés de deuxième et troisième cycles en mathématiques, en sciences, en génie et en commerce qu'aux États-Unis. Ces compétences seront essentielles pour assurer notre réussite économique dans les années à venir.

Il s'agit là d'un problème que nous devons régler.

Nous devons instruire un plus grand nombre de Canadiens et favoriser un plus grand nombre de diplômés dans les domaines des mathématiques et des sciences. Nous devons aussi nous employer à attirer davantage les immigrants formés et compétents et encourager une intégration plus efficace de ces derniers dans l'économie dominante du Canada.

Un autre défi à relever... Malgré de nombreux incitatifs en recherche-développement au Canada, le rendement des travaux menés par le secteur privé dans ce domaine est médiocre si on le compare aux normes internationales. Il y a des exceptions, notamment certaines entreprises dans le domaine de l'aérospatiale et d'autres entreprises présentes aujourd'hui, mais, en général, il s'agit d'un problème.

C'est pourquoi j'ai nommé un groupe d'experts sur la commercialisation, composé de six personnes, y compris de Germaine Gibara, de Montréal. J'ai demandé au groupe de préparer une carte routière et de déterminer des priorités pour accroître le rendement de la commercialisation de l'innovation et de la technologie au Canada.

Nous avons donné au groupe d'experts beaucoup de latitude pour élaborer un cadre stratégique de recommandations relatives à la recherche, à l'innovation, au capital de risque et à d'autres mesures pouvant contribuer à l'atteinte d'une capacité d'innovation profondément ancrée au Canada.

Ce travail est pressant et j'attends avec impatience les recommandations du groupe cet automne.

Quelles sont les autres activités d'Industrie Canada?

Tout d'abord, les organismes de recherche et les organismes subventionnaires d'Industrie Canada et du gouvernement ont investi quelque 13 milliards de dollars dans la recherche menée dans des établissements d'enseignement postsecondaire.

Cela comprend le recrutement de chercheurs de renommée internationale, le soutien des étudiants des cycles supérieurs et l'approvisionnement en matière d'infrastructure de recherche.

Nous voulions faire du Canada un chef de file en matière de recherche et, pour ce qui est de la recherche dans les établissements d'enseignement supérieur, nous sommes désormais un chef de file mondial. Le défi consiste à s'appuyer sur cette réussite.

L'industrie canadienne de l'aérospatiale représente une autre forte priorité. Montréal est le troisième centre aérospatial d'importance au monde et l'aérospatiale est l'industrie exportatrice la plus importante du Québec. Une industrie de l'aérospatiale saine et compétitive est cruciale pour le Québec et l'ensemble du Canada.

Depuis un an, nous avons pris d'importants engagements envers des projets novateurs prospectifs menés par un certain nombre d'entreprises ici à Montréal : la gamme de produits modulaires de prix abordable de Bell Helicopter, les activités de R‑D sur les moteurs de Pratt & Whitney, et la proposition de projet de Série C de Bombardier. Par ailleurs, nous avons tout juste annoncé la semaine dernière (le 13 septembre) un investissement de 5,8 millions de dollars dans les travaux de R-D sur les trains d'atterrissage de Héroux-Devtek, entreprise établie à Longueuil.

En collaboration avec divers cadres supérieurs d'entreprises dans le domaine de l'aérospatiale établies à Montréal et le ministre québécois du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, nous avons établi le Partenariat canadien de l'aérospatiale. Ce groupe multilatéral est composé de représentants de tout le Canada qui collaborent pour élaborer une stratégie visant à accroître la compétitivité de l'industrie aérospatiale. Alain Bellemare est l'un des coprésidents.

Notre stratégie devra combiner un certain nombre d'éléments :

  • Un engagement clair et solide de s'appuyer sur notre position de chef de file mondial.
  • Une approche canadienne pour bénéficier d'investissements stratégiques importants dans un monde de plus en plus compétitif et axé sur la sécurité.
  • Un soutien continu de la mise au point de technologies.
  • Un soutien axé sur l'éducation et le développement des compétences.
  • Des politiques commerciales et une promotion du commerce, y compris le financement des ventes.
  • Un lien étroit avec nos objectifs en matière de sécurité et d'environnement, notamment ceux liés au programme spatial.
  • Des marchés publics qui appuient l'évolution d'une industrie compétitive à l'échelle internationale et riche sur le plan des technologies, ici même au Canada.

Dans les prochaines semaines, je devrais proposer une vaste stratégie visant l'industrie canadienne de l'aérospatiale. Bien que ce ne sera pas mon dernier mot, cette stratégie fournira une plateforme de base sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour élaborer une stratégie ferme et permanente pour l'avenir.

Industrie Canada restructure par ailleurs s es programmes de commercialisation de la technologie et en améliore la qualité.

Le programme Partenariat technologique Canada est destiné à partager les risques liés à la technologie et à encourager l'innovation des entreprises canadiennes .

Le programme a connu sa part de réussites, mais il doit être remanié.

Je profite de l'occasion aujourd'hui pour annoncer que j'ai demandé aux agents de réduire progressivement les opérations de Partenariat technologique Canada et de terminer leurs évaluations des propositions reçues jusqu'à maintenant. De plus amples renseignements au sujet du nouveau programme seront communiqués au début de l'an prochain.

Le financement accordé aux secteurs de l'aérospatiale et de la défense ne changera pas.

Le budget global du programme demeurera le même, bien qu'il est probable que nous tentions d'obtenir davantage de fonds alors que nous entamons le cycle budgétaire.

Le nouveau Programme des technologies transformatrices mettra l'accent sur la transparence en ce qui a trait aux dépenses des fonds publics. Il sera également offert à une grande variété d'entreprises et de projets, pourvu qu'ils tiennent compte de la recherche d'avant-garde et de l'innovation.

Le processus d'évaluation et de sélection des projets sera plus transparent et plus compétitif — des groupes d'experts à l'extérieur du gouvernement contribueront à décider quelles entreprises recevront du financement.

L'ancien programme PTC a produit d'excellentes histoires à succès, mais sa portée limitée l'empêchait de relever les défis des technologies transformatrices que nous affrontons à l'heure actuelle. Il y avait également de sérieux problèmes administratifs en matière de conformité. Par exemple, des vérifications menées récemment ont permis de révéler le fait que certains lobbyistes n'étaient pas enregistrés et que d'autres pouvaient même toucher une commission.

Ces infractions sont inacceptables et seront rectifiées.

Je donnerai de plus amples renseignements au sujet de ces vérifications dans les jours à venir.

J'ai l'intention de rendre le programme plus transparent et responsable, plus accessible aux entreprises d'ici et d'ailleurs au pays et plus efficace pour ce qui est de stimuler la recherche et l'adoption de la technologie.

Dans la même veine, la Banque de développement du Canada (BDC), dont l'administration centrale se trouve ici même à Montréal, a beaucoup de travail à faire. Plus particulièrement, elle examinera les façons de renforcer le rôle qu'elle joue pour accroître les prestations de capital de risque afin d'appuyer l'innovation et l'adoption de la technologie. L'organisme continuera de se pencher surtout sur les petites entreprises. Nous lui avons récemment accordé 250 millions de dollars de plus pour ce travail.

J'ai parlé du pouvoir transformateur des technologies de l'information et des communications (TIC). Au cours des dernières années, ces technologies ont contribué plus que n'importe quel autre domaine à l'accroissement de la productivité et de la concurrence , constituant environ 75 p. 100 des gains de productivité .

Mais il est évident qu'il nous reste encore du chemin à parcourir avant de rattraper les États-Unis .

Nous avons une fois de plus nommé un groupe d'experts pour faire état, d'ici la fin de l'exercice, des changements dans la réglementation du secteur. André Tremblay, de Montréal, fait partie de ce groupe. Parallèlement à l'examen du cadre réglementaire par le groupe d'experts, Industrie Canada met la dernière touche à une stratégie pour le secteur général des TIC .

N'oublions pas qu'en mettant sur pied et en appuyant une infrastructure électronique, le Canada a fait preuve d'un réel leadership.

Nous offrons le service à large bande à des centaines de collectivités au Canada et nous avons appuyé la connectivité à très large bande au sein des écoles, des universités et des organismes de recherche au Canada et à l'échelle internationale.

Malgré notre classement international enviable, nous perdons du terrain.

Il est crucial d'offrir l'accès au service à large bande à davantage de communautés éloignées et isolées.

Il est important de le répéter : de nos jours, sans l'accès à Internet, les collectivités et leur population ne sont tout simplement pas en mesure de se joindre à l'économie dominante ou même de bénéficier pleinement des possibilités en matière de soins de santé et d' éducation .

Nous devons achever la tâche, ici au Québec et partout au pays.

Au-delà de l'aérospatiale et des TIC, plusieurs stratégies seront élaborées pour les secteurs suivants : l'industrie automobile, le secteur forestier, la grappe de piles à hydrogène, la biotechnologie ainsi que la construction et réparation navales.

Certains secteurs, comme la nanotechnologie, les TIC et les technologies environnementales, ont des applications dans toute l'économie. Notre but est de nous assurer que la position compétitive de ces domaines offre des avantages qui seront ressentis dans toute l'économie.

Notre but n'est pas de protéger les industries, mais bien de les appuyer pour déterminer où et comment elles peuvent être compétitives sur le marché mondial. Nous tenterons de les aider à atteindre cet objectif d'ici cinq à dix ans.

Il y a beaucoup d'autres grappes qui se démarquent au Québec : les sciences de la vie, l'industrie pharmaceutique, les technologies environnementales, les technologies optiques, etc. Le gouvernement du Canada prend part directement ou indirectement dans presque tous ces secteurs.

Enfin, il est important de s'assurer que le marché est compétitif et efficace. Les politiques en matière de concurrence, les règles liées aux faillites, et les lois régissant les brevets et les droits d'auteur amortissent les changements d'une économie dynamique. Industrie Canada réalise des progrès sur le plan législatif dans tous ces domaines.

Bref, l'économie possède un avenir reluisant et prospère.

Mais nous devons redoubler de vigilance. Nous sommes une petite économie fondée sur les échanges commerciaux. Nous possédons beaucoup de ressources naturelles et une grande richesse humaine. Nous pouvons devenir une économie menée par le pouvoir de l'innovation .

Mais ce potentiel ne sera réalisé que si nous intégrons la technologie à tous les secteurs de l'économie. On ne pourra échapper aux nouvelles sources et formes remarquables de concurrence. Nous pouvons toutefois investir dans les gens; nous pouvons favoriser une culture de découverte, de recherche, de créativité et d'adaptabilité.

La concurrence ne nous détruira pas, elle nous rendra plus forts . Elle nous incitera à favoriser une économie saine en ayant recours à des moyens nouveaux et créatifs.

Il est maintenant temps de bâtir une économie puissante menée par une capacité d'innovation profondément ancrée .

Nous y arriverons ici au Québec et partout au Canada.

Retroussons nos manches et mettons-nous au travail.

Nous n'avons pas de temps à perdre.

Merci.