Carte électorale : un outil de démocratie plutôt que de développement économiqueTexte d'opinion signé par Isabelle Hudon

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Ajouté le 17 avril 2008 dans Textes d'opinion

Texte intégral signé par Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et publié dans Le Devoir, le Journal de Montréal et le Métro du 17 avril 2008. 

Carte électorale : un outil de démocratie
plutôt que de développement économique

Durant les derniers mois, je me suis lancée dans une tournée des régions du Québec pour y rencontrer les gens d'affaires et les entrepreneurs et, surtout, pour y amorcer un dialogue permettant de reconnaître et de renforcer nos complémentarités. J'ai pu constater que les défis économiques que connaissent les régions du Québec – et tout particulièrement les plus éloignées – sont de taille. Aussi, il ne fait aucun doute dans mon esprit que l'ensemble du Québec – incluant la métropole – a le devoir de réfléchir et de participer à la réussite de chacune d'entre elles.

Cela étant dit, je crois sincèrement que c'est apporter une bien mauvaise réponse à cette situation que de vouloir interrompre le processus de révision de la carte électorale tel qu'il a été lancé par la Commission de représentation électorale et tel que l'impose l'évolution démographique du Québec. La raison est simple, le développement économique et la démocratie sont deux choses bien différentes : la carte électorale n'est pas et ne devrait pas être un outil de développement économique.

Une démocratie en santé est le résultat d'un équilibre fragile entre la participation collective des citoyens et la perception que chacun, individuellement, peut avoir une influence sur le résultat. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les élections les plus chaudement disputées sont celles où l'on remarque le plus haut taux de participation : chaque vote peut effectivement faire une différence.

Dans le cadre d'une élection, la notion d'équité entre le vote de chacun est cruciale pour que son résultat soit perçu comme juste et légitime. Et le danger est là : si l'exercice démocratique commence à être perçu comme étant trop favorable à l'un par rapport à l'autre, la légitimité cède rapidement sa place au cynisme, à la méfiance et, ultimement, à la désaffection.

La carte électorale présentement en vigueur étire déjà aux limites du possible la perception d'équité entre le vote de chaque électeur. La région métropolitaine de Montréal, on le sait, est « sous-représentée »; le nombre d'électeurs par comté est trop souvent au-dessus de la moyenne de 45 207 électeurs par comté. En 2007, on en retrouvait facilement une quinzaine qui en comptaient plus de 52 000, soit un écart supérieur à 15 %. À l'inverse, les régions les plus éloignées voient leur population décliner, sans pour autant voir leur représentation ajustée. Ainsi, Montréal est peut-être un bon endroit pour réserver un comté sûr à un candidat vedette ministrable, mais aux yeux de plusieurs, c'est en région qu'il faut faire campagne et, surtout, qu'il faut « faire des annonces » si l'on veut gagner une élection.

À mon avis, ne pas réformer la carte électorale actuelle, c'est courir le risque d'étirer la perception d'équité jusqu'au point de rupture. Les tensions sont déjà suffisamment nombreuses. Aussi, je m'inquiète de la capacité du système politique du Québec à fonctionner avec cohésion si l'on ne se soucie pas davantage de sa représentativité.

Les régions, la capitale et la métropole connaissent toutes des défis aussi majeurs que différents. Malgré ces différences, nous serons mieux placés pour relever ces défis si nous travaillons ensemble, en toute complémentarité. Ainsi, plutôt que d'entretenir les rivalités, il faut valoriser nos points communs, à commencer par notre appartenance à la même démocratie. Bref, je crois qu'il n'est dans l'intérêt de personne – pas même des régions – de trop calibrer notre démocratie au point de nous faire douter de son équité.