Budget de la Ville de Montréal : l’occasion de marquer un nouvel élan

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Ajouté le 30 novembre 2010 dans Textes d'opinion

Texte signé par Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et publié dans Le Devoir et Cyberpresse.ca.

Le 30 novembre 2010

Budget de la Ville de Montréal : l’occasion de marquer un nouvel élan

À l’approche de son prochain budget, la Ville doit chercher à réaliser des économies dans ses structures de fonctionnement.

Dans quelques jours, le maire de Montréal présentera son budget 2011, un exercice hautement périlleux alors que la tentation de hausser les taxes et autres sources de tarification semble irrésistible. Toutefois, avant de hausser les taxes tous azimuts, Montréal a surtout besoin de rigueur et de détermination dans l’exercice de réduction des dépenses. Elle doit mieux s’organiser, simplifier ses processus et ses structures, et surtout démontrer beaucoup plus d’efficacité.

C’est non seulement une question de respect pour les Montréalais, mais surtout une condition absolument nécessaire pour que la métropole devienne enfin une ville raisonnablement concurrentielle à l’échelle nord-américaine.

Nous avons demandé au maire de porter une attention particulière à sept actions précises qui pourraient dynamiser la gouvernance de la métropole et contribuer à assainir les finances de la Ville :

  1. La Ville de Montréal doit se doter d’une fonction centrale pour analyser de façon autonome la valeur et les options de tout dossier ayant des incidences financières importantes avant que celui-ci soit soumis pour approbation aux autorités politiques.
  2. La Ville de Montréal doit renforcer ses services centraux afin qu’ils puissent remplir adéquatement les fonctions qui leur sont dévolues.
  3. Le conseil municipal doit revoir la composition du comité de vérification pour y assurer une représentation majoritaire de membres indépendants et l’absence de membres du comité exécutif.
  4. La Ville de Montréal doit être l’unique responsable des processus de consultation publique pour l’approbation des grands projets. Elle doit simplifier les mécanismes d’approbation et développer des mesures conviviales d’accompagnement et d’encadrement des promoteurs de façon à faciliter la réalisation de ces projets.
  5. En concertation avec les arrondissements, la Ville de Montréal doit identifier les services de proximité fournis par les arrondissements pour lesquels des normes de service devront s’appliquer.
  6. La Ville de Montréal doit entreprendre un examen systématique des services de soutien administratif et technique en ce moment répartis dans les arrondissements et définir les conditions favorables à leur regroupement dans des unités de services partagés.
  7. La Ville de Montréal doit réaliser des études comparatives de ses services municipaux pour en déterminer l’efficacité par rapport aux grandes villes d’Amérique du Nord en situation similaire.

Ces actions sont directement tirées du rapport publié par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain en mars dernier, intitulé « Une métropole à la hauteur de nos aspirations » et produit par un groupe d’experts indépendants qui était présidé par MM. Marcel Côté et Claude Séguin.

 

Simplifier et renforcer l’administration de la Ville

L’administration municipale aura-t-elle enfin l’audace de procéder à une véritable réorganisation de sa gouvernance et à une optimisation de sa livraison de services? Il y a trop d’élus, trop de centres décisionnels fragmentés et trop de personnel démotivé.

La ville centre doit absolument rapatrier et regrouper une foule d’activités qui n’ont rien à voir avec les services de proximité aux citoyens comme la gestion des services informatiques, la gestion des immeubles ou encore les services juridiques. Toute entreprise d’envergure sait bien que de tels services peuvent être administrés à un moindre coût s’ils sont mieux intégrés.

La Ville a amorcé un certain travail de réduction des dépenses en demandant aux arrondissements de dénicher 50 millions de dollars. C’est bien, mais cela demeure nettement insuffisant. La Ville a aussi exigé de l’ensemble des services municipaux qu’ils déposent des plans de compression. Il reste que cet effort ne s’attaque pas au nœud du problème, soit la multiplicité des structures et l’absence d’imputabilité claire.

Mais au-delà de la centralisation, il faudrait que les arrondissements participent également entre eux à la solution en procédant à des regroupements de services. Des arrondissements devraient se regrouper pour partager des services de déneigement, de voirie ou de loisirs pour améliorer la coordination du travail et diminuer les coûts de livraison. Le mot clé : efficacité.

Ultimement, les élus municipaux devront considérer une option qui est jusqu’à maintenant demeurée taboue : explorer les économies à réaliser grâce à des fusions d’arrondissements. Plusieurs arrondissements voisins partagent entre autres des réalités historiques et démographiques qui font en sorte que leur regroupement se ferait plus facilement. Réduire le nombre d’élus et le personnel de soutien administratif et politique qui s’y rattache enverrait également un signal fort qui augmenterait la crédibilité de l’administration lorsqu’elle demande à d’autres de faire des sacrifices.

Des revenus pour améliorer la compétitivité de Montréal

Récemment, le maire a annoncé son intention de majorer la taxe foncière de 2,5 % en fonction de la récente hausse du rôle d’évaluation. Nous accueillons cette majoration modérée comme une bonne nouvelle puisque, d’une part, une évaluation foncière en hausse témoigne d’un enrichissement général des propriétaires montréalais et, d’autre part, le rapport Côté-Séguin avait identifié le gel de taxe foncière comme une des sources des crises budgétaires récurrentes des dernières années.

La Chambre réitère toutefois son opposition à la décision d’imposer une taxe sur les stationnements du centre-ville puisque nous croyons qu’il faut miser sur l’attractivité et la vivacité commerciale du centre-ville plutôt que de contribuer à son isolement. Dans le même esprit, toute taxe visant l’immatriculation des véhicules ou la consommation d’essence devrait avoir une portée métropolitaine et servir à financer des projets de transport comme le renouvellement des wagons de métro qui augmenteront la productivité de l’ensemble de la région.

Investir dans les grands projets porteurs

Enfin, si la stratégie de développement économique de la Ville repose en bonne partie sur un soutien à quelques grands projets structurants, la Chambre désire voir dans le prochain budget des engagements financiers précis au regard de certains d’entre eux. La Ville devra entre autres préciser ce qu’elle entend faire des nouvelles sommes consenties par le gouvernement du Québec au printemps dernier.

La rigueur de s’imposer des outils de contrôle

En conclusion, plusieurs des recommandations énoncées dans le rapport constituent des pistes de solution aux difficultés budgétaires auxquelles la Ville fait face depuis plusieurs années, et nous porterons une attention particulière au prochain budget afin de voir si l’administration aura su saisir cette occasion pour poser des gestes courageux qui feront une réelle différence pour dynamiser Montréal pour des années à venir.