Texte d'opinion : Souhaiter sans volonté ou le succès des nouvelles villes selon le nouveau gouvernement

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Ajouté le 18 juin 2003 dans Communiqués de presse

Souhaiter sans volonté

Le 18 juin 2003

Texte intégral et signé par Benoit Labonté, président de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, publié aujourd'hui dans le journal Le Devoir, dans la page Idées.

Souhaiter sans volonté
ou le succès des nouvelles villes
selon le nouveau gouvernement

Bien déçus auront été tous ceux qui, entendant le chef du Parti libéral du Québec dire pendant la récente campagne électorale qu'il « souhaitait le succès des nouvelles villes », auront compris qu'il s'engageait à donner à ces villes les véritables moyens de leur réussite. Les premières semaines au pouvoir du nouveau gouvernement auront démontré qu'il s'agissait peut-être d'un souhait formulé comme d'autres le font en soufflant les chandelles de leur gâteau d'anniversaire  : un désir qu'on confie au hasard pour sa réalisation et non pas un objectif qu'on se fixe, pour lequel on se donne des outils et s'impose des mesures objectives de succès.

Pour que les nouvelles villes réussissent, il faut leur permettre de se distinguer et de se démarquer sur tous les fronts. Les décisions en ce sens qui les concernent doivent être prises dans un souci de cohérence par des décideurs qui, peu importe le palier de gouvernement, pensent et agissent avec cohésion. Comme cause rassembleuse favorisant l'atteinte de cohérence et de cohésion, il est difficile de trouver mieux que la réussite, pure et simple. C'est d'ailleurs cet objectif qui avait permis l'atteinte de consensus forts lors du Sommet de Montréal de l'an dernier, malgré la diversité de vues, d'intérêts et d'opinions qui y était présente.

Dans ce contexte, c'est avec su rp rise – pour ne pas dire avec une certaine consternation – que nous constatons que, loin d'insuffler à la nouvelle ville de Montréal l'impulsion nécessaire à sa réussite, les récentes décisions du nouveau gouvernement l'ont plutôt fragilisée. Ainsi, en l'espace de quelques semaines, Montréal a vu sa nouvelle personnalité politique remise en question, probablement à juste titre, par le projet de loi 1, puis immédiatement remise de nouveau en question par le projet de loi 9. Sans compter que sa personnalité économique a été affaiblie par l'empressement du gouvernement de couper, avant même d'avoir effectué une revue de programmes en bonne et due forme, dans des domaines – notamment la culture et la recherche et développement – qui sont au cœur de la compétitivité de Montréal et de ses entreprises, petites et grandes.

Même si le ministre Yves Séguin a, depuis, multiplié les assurances qu'il n'en serait rien, la seule présence dans le discours du budget d'une porte de sortie sans équivoque pour le gouvernement par rapport aux engagements signés à l'intérieur du Contrat de ville renforce l'impression générale d'une inquiétante indifférence, à Québec, pour la métropole, ses besoins et, par la force des choses, son succès.

Le désir de corriger les erreurs commises lors la création des nouvelles villes est certainement louable et légitime – à condition cependant de ne pas remplacer les erreurs passées par de plus importantes. Or, à la lumière des décisions prises jusqu'à maintenant par le gouvernement dans les dossiers concernant la métropole, et tout particulièrement dans l'année d'instabilité et d'incertitude que le projet de loi 9 vient officiellement d'inaugurer, Montréal a beaucoup à craindre.

Dans sa recherche tous azimuts de la « démocratie », le gouvernement est en voie d'abdiquer le premier devoir pour lequel il a été démocratiquement élu : celui de gouverner. Tous les citoyens sont en droit de s'attendre, de la part de ceux qui exercent le pouvoir, qu'ils possèdent une vision, des objectifs et qu'ils prennent des décisions répondant aux intérêts supérieurs de l'État qu'ils dirigent.

Dans le dossier des défusions, cela semble malheureusement tout le contraire.

S'il est vrai que le gouvernement respecte ses engagements en donnant aux citoyens des anciennes municipalités de l'Île le droit de se prononcer, il se défile de son devoir de donner une direction à l'exercice.

Sur une question aussi importante que l'organisation politique du moteur économique du Québec, les responsables de l'État québécois ne peuvent demeurer silencieux et ne pas avoir d'opinion. Il y a eu nombre d'études depuis 20 ans sur les meilleures façons d'organiser la région métropolitaine – pensons, entre autres, aux rapports Picard, Pichette et Bernard. Dans ce contexte, il est tout simplement regrettable que le gouvernement n'ait pas encore expliqué pourquoi il souhaitait véritablement le succès des villes fusionnées.

Jusqu'à maintenant, le souhait du succès des nouvelles villes par le gouvernement a tous les attributs d'un cas de pensée magique. Pour tous ceux – et ils sont nombreux – qui croient en la nouvelle ville de Montréal, en son potentiel, à son impact positif sur l'ensemble du Québec, en la diversité et en la créativité de sa population, cela est tout aussi décevant qu'inquiétant.

Ne serait-il pas plus logique de laisser la chance au coureur et d'aller au bout de la première démarche proposée dans le projet de loi 1, soit de rechercher une adhésion à la nouvelle ville de Montréal, par un partage plus efficace des responsabilités entre la ville-centre et les arrondissements, avant de mettre le vent dans les voiles d'un mouvement irréversible vers une fragmentation de notre île, mais aussi de nos énergies et de notre dynamisme ?