Texte d'opinion : L'occasion ratée du Bassin Peel

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Ajouté le 14 mars 2006 dans Textes d'opinion

Texte intégral signé par Isabelle Hudon, présidente et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, et publié dans La Presse, Le Journal de Montréal et le Métro.

Le 14 mars 2006

L'occasion ratée du Bassin Peel

Personne n'aura été surpris par les différentes réactions à la décision du Cirque du Soleil et de Loto-Québec d'abandonner le projet de complexe de divertissement au Bassin Peel. En fait, le seul élément de surprise dans toute cette affaire aura été le moment où le Cirque aura décidé de recentrer ses énergies vers des projets pour lesquels le défi n'est pas de survivre aux tirs croisés entre partisans et opposants, mais bien de faire ce pour quoi l'entreprise est reconnue mondialement : imaginer, créer et RÉALISER des rêves.

Il n'existe pas de grand projet qui soit simple ou exempt de risques. Tenter des choses audacieuses – comme c'était le cas du Bassin Peel – implique forcément de l'exploration hors des sentiers battus. Par la force des choses, on ne peut jamais être totalement assuré de réussir. Au mieux, on fait preuve de minutie, de rigueur dans la préparation du projet; on cherche à bien s'entourer. Et c'est ce qu'a fait Loto-Québec en sollicitant la collaboration du Cirque du Soleil, l'emblème de la créativité montréalaise qui fait envie partout dans le monde.

En plus d'exceller dans ce qu'il fait, le Cirque du Soleil est aussi à l'avant-garde en matière de responsabilité sociale : de tout temps, le Cirque s'est toujours fait un devoir de faire bénéficier son milieu de la richesse qu'il crée et il a fait la démonstration incontestable de sa capacité à travailler avec la communauté depuis son installation dans le quartier Saint-Michel. Quelle ironie donc que cette entreprise à la responsabilité sociale irréprochable se soit vue malmenée et accusée des pires intentions du moment où elle s'est embarquée dans le projet du Bassin Peel. En bout de ligne, il n'y a rien de surprenant à ce que ce climat lui ait finalement donné le goût d'aller se faire voir – et avec tout son talent ! – ailleurs. 

À la lumière de la douloureuse expérience du projet du Bassin Peel, peut-être serait-il temps que nous réalisions la nécessité d'accorder également la « présomption de sincérité » aux promoteurs de projets. Ainsi, étudions avec rigueur les paramètres de ce qu'ils proposent, et plutôt que de céder à la tentation des procès d'intention, efforçons-nous surtout d'essayer de travailler avec eux… Faute d'avoir fait cela avec sérieux, on donne toutes les raisons au Cirque, notre grande fierté de la créativité, d'aller s'investir ailleurs dans un beau grand projet qui créera de la richesse qui, cette fois, ne nous reviendra pas. Comme si on avait les moyens de se le permettre !

Tout cela est bien dommage parce que l'approche, si bien maîtrisée par le Cirque, de se servir de la créativité et du développement économique pour nourrir le développement social aurait été particulièrement utile pour revitaliser un secteur qui en a grandement besoin, et cela depuis plus de 40 ans.